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15 septembre 2005

   

Université Laval

Saut de puce vers le TSX Venture

Pour la première fois, une entreprise soutenue par Entrepreneuriat Laval, Ariane Controls, sera bientôt cotée en bourse

par Pascale Guéricolas

Dès cet automne, Ariane Controls, une firme dirigée par deux diplômés en génie mécanique de l'Université Laval, devrait faire son entrée à la bourse de Toronto, dans le secteur des entreprises émergentes, le TSX Venture. Les deux associés, Daniel Noiseux et Jean-Pierre Fournier, risquent de bénéficier des effets de la montée du prix des énergies fossiles puisqu'ils commercialisent une puce électronique capable d'améliorer l'efficacité de l'éclairage et d'empêcher le chapardage énergétique. L'idée trottait dans la tête du directeur général Daniel Noiseux depuis une bonne vingtaine d'années, lui qui a travaillé dans un organisme aidant les entreprises en démarrage. Il a fallu cependant que cet ingénieur rencontre en 2002 un de ses anciens confrères de classe pour que les deux hommes décident de se lancer en affaires. En février 2004, Ariane Controls prenait son envol, après une année consacrée à consolider les finances de l'entreprise.

La puce électronique qu'ils ont mise au point avec leur équipe, à partir d'une technologie existante, tient dans le creux de la main. "Les clients ne cherchent pas à acheter un morceau de silicone, mais ses applications", témoigne Jean-Pierre Fournier, le président de l'entreprise. À l'écoute de leurs acheteurs, les ingénieurs d'Ariane Controls peuvent donc tout aussi bien contribuer à diminuer les coûts de maintenance de feux de circulation qu'à réduire la facture énergétique de l'éclairage public ou d'immenses rampes électriques dans une usine, par exemple. Avec cet outil, un entrepreneur a ainsi la possibilité de moduler sa consommation tout au long de la journée pour bénéficier de tarifs préférentiels à certaines heures et, ainsi, rendre un bâtiment "intelligent". Placées à des endroits stratégiques, leurs puces contribuent aussi à prévenir des vols d'électricité dans des pays comme le Brésil où certains citoyens se branchent directement à la source, sans se soucier des compteurs électriques. C'est d'ailleurs de ce géant du continent sud-américain qu'est venue, par Internet, la première commande d'Ariane Controls.

L'aide d'Entrepreneuriat Laval
Convaincus de l'utilité et de la fiabilité du produit qu'ils offraient, les deux associés ont eu bien de la difficulté, par contre, à convaincre les sociétés à capital de risque d'investir à leurs côtés. "Il faut se rappeler que ce genre d'investisseurs se sont plutôt retirés sur leurs terres en évitant les entreprises en démarrage après l'éclatement de la bulle technologique", rappelle Daniel Noiseux. Heureusement, Entrepreneuriat Laval leur a donné un bon coup de pouce en conseillant les deux associés sur leur plan d'affaires et en leur suggérant certains partenaires. "C'est toujours intéressant d'avoir un regard extérieur sur notre projet, témoigne Jean-Pierre Fournier. Notre conseiller, Alain Cadoret, nous a souvent interrogé sur nos prévisions financières, sur la façon dont nous comptions atteindre nos objectifs. Le fait d'avoir gagné en 2003 le premier prix au niveau local en innovation technologique au Concours québécois en entrepreneurship nous a donné beaucoup de visibilité également."

À partir de ce moment-là, les organismes contactés ont commencé à croire au projet. En quelque mois, les deux dirigeants ont réussi à réunir un peu plus de 2 millions de dollars auprès du Fonds d'investissement de la CSN, du Centre national de recherche du Canada et de différents programmes gouvernementaux. Ce premier investissement leur a permis de défrayer les coûts d'acquisition du procédé auprès de l'inventeur, mais également de le perfectionner et d'en commencer la commercialisation. "Ce que je trouve très intéressant dans leur technologie, c'est qu'elle permet de commander à des interrupteurs sans passer de nouveaux fils électriques, remarque Alain Cadoret. De plus, la vente se fait directement à des fabricants d'appareils électriques ou à des sociétés énergétiques qui disposent déjà de leur réseau de distribution. L'entreprise a donc beaucoup moins d'efforts à investir dans la commercialisation."

Pour l'instant, les acheteurs d'Ariane Controls se situent essentiellement à l'extérieur du continent américain, plus exactement en Asie, une région du monde très en demande d'énergie pour la production industrielle et les besoins résidentiels. Tout juste revenu d'un voyage dans ce coin de la planète, Jean-Pierre Fournier doit bientôt repartir pour l'Inde, tandis que son associé se rendra prochainement en Europe. L'entreprise de dix personnes a le vent dans les voiles et s'apprête à conclure une deuxième ronde de financement de 2,5 millions de dollars. Les premiers partenaires ont accepté d'investir à nouveau, tandis qu'un groupe de gens d'affaires de la région de Québec fait son entrée dans la société publique en devenir. Cela permettra à Ariane Controls d'accentuer ses efforts en marketing et en commercialisation en se rapprochant des fabricants pour intégrer la puce directement dans leurs appareils électriques. Confiants en l'avenir, les deux associés prévoient que leur entreprise sera rentable en 2007, soit 5 ans après sa création.