Au fil des événements
 

8 septembre 2005

   

Université Laval

Riche expérience en santé internationale

Au printemps et à l'été, 50 étudiantes et étudiants en médecine ont effectué des stages de plusieurs semaines dans 11 pays en développement

par Yvon Larose

"J'ai trouvé l'expérience extraordinaire, unique, mais je ne retournerais pas au Mali comme médecin parce que je trouverais mon travail un peu difficile pour le moral. Tu veux faire beaucoup de choses, mais des ressources très limitées t'en empêchent. Ma copine Catherine, elle, a eu la piqûre. Un organisme comme Médecins sans frontières pourrait l'intéresser."

Marie-Claude Beaudoin et Catherine Caron sont toutes deux étudiantes au préexternat en médecine. Du 10 mai au 9 juillet, elles ont effectué un stage de type médical à Bamako, la capitale du Mali. Ce pays d'Afrique de l'Ouest figure parmi les dix plus pauvres de la planète. Quatre autres étudiantes étaient du voyage. La Faculté de médecine, le Bureau international de l'Université et l'organisme humanitaire Horizon Cosmopolite assuraient l'encadrement du stage. Les étudiantes ont travaillé en rotation, deux par deux, dans différents établissements de santé de la ville. D'abord, dans un petit centre où l'on prodiguait des soins de base. Ensuite, dans un centre de référence qui offrait différentes spécialités comme l'ophtalmologie, la dentisterie ou la chirurgie. Enfin, dans un centre d'écoute, de soins et d'accompagnement pour personnes vivant avec le VIH-SIDA. Elles ont aussi passé quelques jours à un centre de santé situé dans la brousse.

Parce que c'était la saison des pluies, les stagiaires ont vu beaucoup de cas de paludisme (malaria). Les infections et les parasitoses étaient monnaie courante. Les femmes et les enfants constituaient la majorité de la clientèle. "Injections, vaccination, soins de plaies, observation en salle d'opérations, et cætera, nous avons touché à tout, explique Marie-Claude Beaudoin. Notre but principal était d'acquérir des connaissances médicales qui nous permettraient d'avoir une vision globale des soins de santé dans ce pays."

Des différences majeures
Selon Marie-Claude Beaudoin, la pauvreté est telle au Mali que les intervenants de la santé ont des contraintes que les stagiaires n'avaient jamais eues. "Au Québec, indique-t-elle, nous avons de nombreux moyens diagnostiques avec toutes sortes de possibilités. Là-bas, le médecin fait rarement des prises de sang." Au Mali, le dossier médical se résume, à peu de choses près, au carnet de vaccination des femmes enceintes et des jeunes enfants. "Les médecins, précise-t-elle, tentent de faire le suivi médical, mais les gens ne reviennent pas." Selon l'étudiante, le fait, dans ce pays, de payer pour recevoir des soins de santé, enferme la population dans un cercle vicieux. "Souvent, dit-elle, une personne pauvre attendra longtemps avant de se présenter à un centre de santé. Or, plus elle sera malade, plus elle aura besoin de soins qui, en bout de ligne, coûteront plus cher que si elle s'était présentée plus tôt."

Une conception différente de la douleur ainsi que la lenteur de fonctionnement dans les établissements de santé ont exigé de gros ajustements de la part des stagiaires. "Au Québec, souligne Marie-Claude Beaudoin, l'analgésie est tellement importante : tout est fait pour que le patient ne ressente pas de douleur. Au Mali, avoir mal lorsqu'on est malade est considéré, jusqu'à un certain point, comme une chose normale. Nous avons trouvé cette différence difficile à accepter. Quant à la lenteur du système, cela nous frustrait au début. Nous sommes habituées à ce que ça aille vite. Des patients pouvaient attendre longtemps sans aucune raison valable. Là-bas, on prend son temps. Mais les choses finissent par se faire." Un horaire allégé, en raison de la chaleur très élevée, a permis aux étudiantes de se mêler davantage que prévu à la communauté. "Les Maliens sont accueillants et chaleureux, explique Marie-Claude Beaudoin. Il y avait toujours quelqu'un pour vous remonter le moral dans les moments difficiles. Si j'avais une chose à retenir de mon stage, c'est le fait que ces gens n'ont rien, mais qu'ils sont d'une générosité incroyable."

Quatre continents
Les six stagiaires faisaient partie d'un contingent de 50 étudiantes et étudiants au préexternat de médecine à avoir quitté le Québec en mai ou en juin pour des stages d'immersion d'une durée de huit à dix semaines dans des pays en développement. Les destinations étaient, outre le Mali, le Honduras, l'Équateur, Cuba, le Sénégal, le Burkina Faso, le Congo, le Liban, l'Inde, la Chine et la Polynésie française. En santé communautaire, les stagiaires ont travaillé notamment dans des orphelinats et des cliniques médicales, ainsi qu'à des campagnes de prévention, par exemple sur le VIH-SIDA. Au niveau clinique, les étudiants ont participé, entre autres, à la vaccination dans les villages. Ils ont également soigné des plaies, fait l'examen physique de patients et pris part activement à des accouchements. Cet automne, douze autres stagiaires partiront ou sont déjà partis à destination de l'Inde, de la Chine et de Cuba. Leur encadrement est assuré par la Faculté de médecine, le Bureau international de l'Université et divers partenaires. En huit ans, la Faculté est passée annuellement de cinq à une soixantaine de stagiaires à l'international dans un milieu en développement. La flexibilité du doctorat en médecine permet la réalisation de tels stages. Bien intégrés à la formation, ils ont pour objet d'inculquer à l'étudiant une nouvelle culture médicale ouverte à l'international et aux besoins de populations défavorisées de l'hémisphère Sud.