Au fil des événements
 

8 septembre 2005

   

Université Laval

Au-delà du réel

Le jeune peintre François Simard promène ses regards circulaires à la Galerie des arts visuels

par Pascale Guéricolas

C'est en contemplant ses toiles pendant de longues heures lors d'une précédente exposition qu'une idée a germé dans l'esprit de François Simard. Le jeune peintre a réalisé que cette ligne qu'il traçait dans ses compositions pourtant très abstraites ressemblait à une ligne d'horizon. Un paysage émergeait ainsi peu à peu, sans référence à la réalité. Il s'est donc lancé dans un tout nouveau projet pour sa maîtrise en produisant des tableaux tout ronds, à la manière d'un énorme oeil ouvert sur un lieu imaginaire. Le titre de l'exposition, "Mais nous n'irons jamais au lac à Poche", souligne d'ailleurs l'impossibilité d'atteindre la scène paraissant sur la toile.

"Le paysage me sert de prétexte pour peindre, raconte le finissant à la maîtrise en arts visuels. En fait, je cherche à le déconstruire en plaçant dans le tableau des objets très improbables." La première composition de cette série illustre bien ses intentions. Dans ce tableau rond séparé en deux, la moitié gauche ressemble à un fragment de paysage avec des éléments en avant-plan et un horizon qui se poursuivraient au-delà de la toile. À droite, par contre, une simple ligne géométrique tourne en rond en se heurtant sans cesse au bord de la toile. Aux yeux de l'artiste, cette apparente contradiction met en lumière le statut particulier de la création en art, puisqu'il s'agit de montrer que la réalité ne se limite pas aux choses, qu'elle a souvent des dimensions insoupçonnées. La lecture de textes philosophiques suggérés par son directeur de maîtrise, Marcel Jean, a d'ailleurs nourri sa réflexion à ce sujet, en particulier les auteurs ayant traité de la phénoménologie et de la question de l'apparition du sens dans l'oeuvre.

La tentation du cercle
Stimulé dans sa pratique artistique, le jeune peintre a donc allègrement plongé dans l'ambiguïté. Sous son pinceau, des montagnes sont apparues à l'horizon d'un magnifique lac bleuté, ainsi que des nuages et une ébauche d'arbre, toujours à l'intérieur d'un cercle parfait. D'autre part, des lignes parfaitement droites, des triangles et d'autres formes géométriques viennent rappeler au spectateur que le paysage représenté n'a pas d'existence réelle et qu'il s'agit bel et bien d'une création. En peignant souvent très rapidement ses compositions, François Simard s'amuse d'ailleurs à laisser quelques traînées de peinture, ou même à en ajouter par la suite, une autre façon pour lui de brouiller les pistes entre imaginaire et réalité. Sous son pinceau, une larme de couleur tombe d'un triangle pour rencontrer le sommet d'une montagne qui prend alors des allures de volcan.

Le choix du format rond vient également perturber les habitudes de perception. "Les peintres de la Renaissance italienne l'ont souvent utilisé pour diriger le regard vers un point précis, le coeur de la Madone, tandis que Claude Tousignant peignait des tableaux ronds comme des cibles," rappelle François Simard. Dans ses propres tableaux, le jeune artiste se garde bien d'orienter le regard vers un endroit précis. Il veut au contraire laisser la plus grande liberté de lecture possible. C'est ainsi que le dernier tableau de cette série s'est retrouvé la tête en bas, une fois la dernière touche posée, avec ses nuages, sa petite montagne, et son grand carré graphique. Une façon pour le peintre de perdre le contrôle de qu'il avait lui-même construit.

L'exposition "Mais nous n'irons jamais au lac à Poche" se poursuit jusqu'au 11 septembre. La Galerie des arts visuels loge dans l'édifice de la Fabrique, 255 boulevard Charest Est. Elle est ouverte de 11 h 30 à 16 h 30.