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8 septembre 2005

   

Université Laval

Des oies soufflées au maïs

La population d'oie des neiges a pris son envol définitif grâce au blé d'Inde

par Jean Hamann

L'ascension rapide de la population d'oies des neiges en Amérique du Nord depuis 40 ans tient en grande partie à un petit mot de quatre lettres: maïs. C'est ce que soutient le professeur du Département de biologie, Gilles Gauthier, dans un article qu'il signe avec ses collègues Jean-François Giroux, Austin Reed, Arnaud Béchets et Luc Bélanger dans les pages de la revue scientifique Global Change Biology. Rappelons qu'en 1965, l'oie des neiges comptait moins de 50 000 spécimens alors que sa population oscille maintenant autour de 800 000 individus.

Le professeur Gauthier reconnaît que, jusque dans les années 1970, la création d'aires protégées a contribué à relancer les effectifs de cette espèce. Il admet aussi que les changements apportés aux règlements de chasse ont influencé temporairement la dynamique de population de cette espèce. Enfin, il concède que le réchauffement climatique a entraîné une réduction de la mortalité hivernale par la chasse. En effet, il a suffi d'un réchauffement de 1 à 2,4 degrés Celsius pour que les oies délaissent les aires traditionnelles d'hivernage de la Virginie et de la Caroline du Nord. "Elles hivernent maintenant plus au nord, au Delaware et au New Jersey, de sorte qu'elles sont confrontées à une moins grande communauté de chasseurs", explique le chercheur du Centre d'études nordiques.

Néanmoins, le plus important changement survenu au cours des quatre dernières décennies a été le passage d'une diète printanière et hivernale reposant entièrement sur des plantes de marais à une diète dominée par le maïs et les plantes fourragères, affirme le professeur Gauthier. Pendant cette période, les oies ont pris la clé des champs. Elles ont délaissé leur traditionnelle pitance de scirpe et de spartine à la faveur de grains de maïs tombés au sol et de jeunes pousses de graminées bien fertilisées. Ces nouvelles sources d'énergie permettent aux oies d'accumuler plus de réserves nutritives avant d'entreprendre leur migration vers leurs aires de nidification arctiques. Selon les données recueillies par l'équipe de Gilles Gauthier, les oies quittent le Sud du Québec plus grasses qu'auparavant, ce qui a une incidence positive sur leur fécondité.

Les oies auraient découvert les plaisirs du maïs lors des hivers très froids de 1976 et 1977. "Les marais étaient couverts de glace pendant des semaines ce qui les a forcées à trouver d'autres sources de nourriture ", explique le chercheur. Au Québec, l'invasion de la région du Lac-Saint-Pierre par les oies, amorcée dans les années 1980, a suivi l'explosion de la culture du maïs dans cette région. De 1966 à 2001, la superficie des terres consacrées à cette plante a augmenté par un facteur 15 dans ce coin de pays. "Désormais, il faudra tenir compte aussi bien de l'habitat agricole que des habitats naturels dans la gestion de l'oie des neiges, estime Gilles Gauthier. Au plan alimentaire, c'est un milieu supérieur au milieu naturel des oies et on ne pourra plus les sortir de là."