Au fil des événements
 

8 septembre 2005

   

Université Laval

On n'est pas sortis du bois

Le film L'Erreur boréale a secoué l'opinion publique, mais le débat reste entier

par Renée Larochelle

Avez-vous vu L'Erreur boréale? Réalisé par Richard Desjardins et Robert Monderie, ce film a eu l'effet d'une bombe lors de sa sortie en 1999, suscitant une véritable controverse publique. On y voit la forêt québécoise dévastée par des coupes sauvages, livrée à une industrie en quête effrénée de profits pour laquelle le respect et la protection de l'environnement semblent être le dernier des soucis. En réponse à cette dénonciation, l'industrie et le gouvernement ont rétorqué à l'époque que la gestion forestière était légiférée et normée, qu'ils maîtrisaient la situation et qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter. En somme, alors que Desjardins et Monderie remettaient en question l'idéologie même du régime forestier en vigueur au Québec, l'industrie et le gouvernement détournaient le sujet vers un plan purement technique. Et c'est là où le bât blesse, selon Benjamin Denis qui s'est penché sur la controverse publique entourant le film L'Erreur boréale dans son mémoire de maîtrise en sociologie.

Pour savoir comment les acteurs sociaux ont filtré, reformulé, récusé les préoccupations de Desjardins et Monderie ou encore adhéré à celles-ci, Benjamin Denis a sélectionné et analysé une trentaine de textes ­ éditoriaux, lettres de lecteurs, articles et reportages ­ publiés en 1999 dans Le Devoir, Le Soleil et La Presse. Trois groupes bien distincts se sont dessinés. En premier lieu, les "adhérents" qui ont endossé la thèse alarmiste des cinéastes et affirmé que l'on devait entreprendre des actions dans les plus brefs délais; ensuite, les "débatteurs" que le film a interpellés mais qui ont trouvé que l'état de la forêt y était dramatisé et, enfin, les "opposants" qui ont estimé que le documentaire présentait une fausse image de la réalité forestière.

Les règlements comme boucliers
"Si le film a connu un certain succès dans la sphère publique, l'accueil a été plus mitigé dans les sphères scientifiques et médiatiques, explique Benjamin Denis. Par exemple, les opposants, composés des principaux gestionnaires forestiers et de quelques experts, ont refusé en bloc la thèse de L'Erreur boréale. Pour eux, l'encadrement réglementaire et technique de la récolte du bois assurait le rendement soutenu, la régénération du couvert forestier et une gestion démocratique de la forêt, tout en permettant l'essor économique du Québec. Que demander de plus?"

Bref, pendant que Desjardins et Monderie insistaient sur la nécessité pour le Québec de miser sur une gestion dont l'aménagement se ferait d'abord en fonction de la protection des écosystèmes et sur un débat public entourant les modes d'utilisation de la forêt, celle-ci étant un bien public, les gestionnaires forestiers, eux, rappelaient à la population que l'existence de règlements, de lois, de normes et de stratégies constituait une sorte de bouclier protecteur contre le désastre annoncé dans L'Erreur boréale.

"Cinq ans après la sortie du film, le débat sur la forêt demeure toujours un domaine réservé aux experts en la matière, estime Benjamin Denis. Ces considérations ne signifient cependant pas que le film L'Erreur boréale a raté sa cible. Il y a eu une certaine prise de conscience de la part des dirigeants; on a réduit la quantité de bois coupé. Mais il reste beaucoup à faire."