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8 septembre 2005

   

Université Laval

À bout de souffle

Une intervention servant à prévenir un problème respiratoire chez le nouveau-né se révèle inefficace

par Jean Hamann

Une procédure médicale pratiquée au moment de l'accouchement pour réduire les risques d'étouffement de l'enfant s'avère inefficace et elle pourrait même comporter certains risques pour la mère. C'est ce qu'affirme, dans le numéro du 1er septembre du New England Journal of Medicine, une équipe internationale de chercheurs dont font partie Lucile Turcot-Lemay, Sylvie Marcoux et Louise Laperrière, de la Faculté de médecine.

Les chercheurs ont testé l'effet de l'injection d'une solution saline dans le ventre de femmes qui présentaient du méconium dans leur liquide amniotique. Le méconium est la matière pâteuse qui s'accumule dans l'intestin du foetus pendant la grossesse et qui forme la première selle du nouveau-né. L'aspiration de liquide contenant du méconium peut obstruer les voies respiratoires du nouveau-né et causer de sérieux problèmes lors de l'accouchement, estimaient les médecins. Le problème est relativement courant puisque entre 7 et 22 % des femmes ont du méconium dans leur liquide amniotique et que le syndrome d'aspiration du méconium frappe jusqu'au tiers de ces femmes.

Pour prévenir ce syndrome, certains médecins préconisent l'injection d'une solution saline (amnioinfusion) dans la cavité amniotique de la mère après le début des contractions. Cette approche semblait donner de bons résultats, mais toutes les études réalisées jusqu'à présent portaient sur un petit nombre de patientes. Pour tirer l'affaire au clair, l'équipe à laquelle sont associées les trois chercheures de l'Université ont évalué l'efficacité de la procédure grâce au concours de 1 998 femmes qui ont accouché dans 56 centres hospitaliers de 13 pays.
Les chercheurs n'ont découvert aucune différence dans l'incidence du syndrome d'aspiration de méconium ni dans le taux de mortalité entre les femmes qui ont reçu une injection saline et celles du groupe témoin. Par ailleurs, ils ont noté que l'amnioinfusion semblait associée à des problèmes utérins et à des saignements chez une partie des patientes. L'absence d'avantages procurés par la procédure et les risques qui pourraient y être associés conduisent les chercheurs à conclure que "l'amnioinfusion ne devrait pas être recommandée pour prévenir le syndrome d'aspiration du méconium".

La démonstration des chercheurs laisse la médecine dépourvue devant ce syndrome puisque les autres interventions préconisées - l'intubation et la succion des voies respiratoires - ne semblent pas donner davantage de résultats. L'étude qui vient de paraître apportera de l'eau au moulin à ceux qui doutent que l'aspiration de méconium soit la véritable cause de ce type de problèmes respiratoires chez le nouveau-né.