Au fil des événements
 

1er septembre 2005

   

Université Laval

Ne touchez pas au système

La compassion, l'hospitalité et la solidarité doivent continuer à guider les intervenants du réseau québécois de la santé

par Renée Larochelle

Depuis des années au Québec, les partis politiques qui aspirent à prendre le pouvoir tablent sur l'amélioration du système de santé public pour remporter la faveur des électeurs. Mais les gouvernements se succèdent et le problème des listes d'attente et des urgences débordées subsiste. De commission en commission et de groupe d'experts en groupe d'experts, le débat sur les services de santé n'est pas facile à aborder, comme s'il touchait une corde sensible. Selon Jacques Racine, professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses, les discussions en cours et les virages amorcés ne doivent pas nous faire oublier que c'est au nom de l'hospitalité et de la compassion envers l'être vulnérable que sont le faible et le malade que s'est construit, au cours des siècles, le système de santé québécois; d'abord privé, sous l'égide de l'Église, et ensuite public, sous la gouverne de l'État.

"Depuis la fin de la reconnaissance de la dualité canadienne et le choix du multiculturalisme, la grande distinction des Canadiens avec leurs voisins américains est le système canadien de santé universelle, piloté et normé par le gouvernement canadien", a souligné Jacques Racine, lors d'un colloque ayant pour thème "La notion de santé: nouvelles figures, nouvelles promesses, nouvelles alliances" qui a eu lieu les 25 et 26 août au pavillon la Laurentienne. "J'oserais dire que ce qui est devenu important, ce n'est pas la santé, mais le système", poursuit ce spécialiste de l'éthique sociale. Selon Jacques Racine, le plus grand obstacle à l'avancement des discussions entourant la santé au Québec et au Canada tient au fait que le système de santé est devenu, depuis les années 1970, "le lieu de construction de l'identité canadienne, un lieu symbolique sinon sacré, intouchable sinon immuable".

L'autre obstacle nuisant au débat sur la santé et, par là, à l'établissement de priorités en la matière, est que le secteur s'avère un domaine important de développement économique et d'enrichissement. "De fait, a rappelé Jacques Racine, les gouvernements et les citoyens se sont mis en position difficile considérant, d'une part, qu'il faut à tout prix promouvoir l'établissement des industries pharmaceutiques et biotechnologiques en leur accordant des privilèges qui sont directement portés aux coûts du système de santé et, d'autre part, que les fonds de retraite collectifs et personnels doivent tirer profit de ces industries comptant parmi les plus sûres et les plus performantes en bourse. Ils oublient que les gains ainsi réalisés se font au détriment du coût des médicaments, des fournitures médicales et chirurgicales qui font augmenter ainsi le coût des assurances personnelles et collectives."

Des praticiens citoyens
De son côté, même s'il déplore "la contamination importante de la pharmaceutique dans le réseau québécois de la santé et ses effets pervers sur le système", le doyen de la Faculté de médecine, Pierre J. Durand, s'est dit optimiste devant l'avenir, allant dans le même sens que son collègue. "Au Québec, plus qu'ailleurs au Canada et en Amérique du Nord, a-t-il insisté, le réseau de santé s'est développé sur la base de la compassion. Il y a eu intégration naturelle du concept de solidarité. Ces valeurs demeurent très fortes chez les gestionnaires." Quant aux futurs médecins, croit le doyen, ils doivent devenir des "praticiens citoyens" dédiés au bien-être et à la santé des personnes. "Je sens chez nos étudiants beaucoup d'idéalisme. En tant qu'universitaires, nous portons le flambeau et nous avons la responsabilité d'offrir à nos étudiants des programmes de formation bien adaptés à la réalité et aux besoins de leurs futurs clients."