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25 août 2005

   

Université Laval

Créations collectives

Huit étudiants étrangers ont affiché leurs couleurs au bout d'un tunnel gris

par Renée Larochelle

Si vous passez par le couloir souterrain reliant le pavillon Alphonse-Marie-Parent au pavillon Biermans-Moraud, là où la grisaille du quotidien rattrape généralement l'humeur du promeneur solitaire, il y a de fortes chances pour que votre attention soit attirée par des peintures murales à caractère franchement exotique. En effet, depuis le 30 mai, et jusqu'au 26 août, huit étudiants étrangers provenant de sept pays ont sorti leurs pinceaux, déployant leur créativité et leur imagination afin de donner à l'endroit un caractère plus humain. Initié par le Service des résidences, en collaboration avec le Service de placement et le Service des immeubles, ce projet s'inscrit dans le cadre du 50e anniversaire du Service des résidences de l'Université.

"C'est ce qu'on appelle faire d'une pierre deux coups, explique Françoys Bédard, coordonnateur au Service des résidences et superviseur du projet. D'une part, ces jeunes étudiants étrangers ont bénéficié d'un emploi d'été payé qu'ils n'auraient pu avoir autrement, puisqu'ils ne peuvent pas travailler à l'extérieur de l'Université, à cause de leur statut. D'autre part, leur travail a eu pour effet d'améliorer l'aspect d'une partie du paysage souterrain reliant le Parent au Moraud. Il sera donc beaucoup plus agréable de passer par les lieux."

Expression libre
Si au début du projet, la composition des peintures murales devait avoir un lien avec le 50e anniversaire du Service des résidences, les choses ont changé en cours de route, les étudiants ayant choisi en quelque sorte de s'exprimer plus librement et d'explorer leurs propres avenues artistiques. Cependant, pour ne pas passer sous silence cet important anniversaire, ils y sont allés d'une création collective dédiée au Service des résidences, où figurent notamment tous les drapeaux de tous les pays d'origine des étudiants étrangers ayant habité les différentes résidences de l'Université depuis un demi-siècle (voir la photo de la page couverture). Deux logos du 50e anniversaire réalisés par le groupe attirent également l'attention.

"Il n'y a pas eu une seule journée sans qu'une personne ne vienne s'informer ou s'intéresser à ce que nous faisions, révèle "l'artiste" du groupe, Alejandro Ignacio Petrivonic Huth. Étudiant en architecture, le jeune homme est en effet le seul membre de l'équipe à étudier dans un domaine relié aux arts. Sa peinture représente les pavillons Parent et Moraud, avec en leur centre un "nouvel homme" amené par un oiseau. Plus bas, le jeune homme a peint quelques plantes spécifiques à la faune de son pays, le Chili. Originaire de Madagascar, Antsasoa Rivotiana a choisi de dessiner la carte de son pays et d'attirer l'attention sur des aspects méconnus de ce coin du globe. "Si je peux inciter les gens à voyager chez nous, j'aurai atteint mon but", explique cette étudiante en économie rurale. Mohamed Amine Ben Maâcha, étudiant tunisien en génie mécanique, a choisi l'abstraction pour représenter une ville arabe, tandis que son compatriote, Kamel Meddi, a peint un quartier typique de Sidi-Bou-Said, village pittoresque de la Tunisie.

Beau et chaud
Quand on demande aux étudiants si travailler trente heures par semaine dans un couloir souterrain ne leur a pas semblé trop difficile, la réponse ne se fait pas trop attendre. "C'était un peu chaud parfois mais lors de certains jours de canicule, il faisait beaucoup plus frais à l'intérieur qu'à l'extérieur", dit Denise Ibanez Martinez, étudiante en économie et auteure d'une murale représentant une figure féminine marquante de son Mexique natal, la "Catrina". Même son de cloche du côté de Cheikh Mame Ibra Ngom, qui a bien aimé son expérience souterraine, choisissant de faire connaître deux monuments marquants de l'histoire de l'esclavage du Sénégal. Dans cet esprit, Gilbert Niyomugabo, qui n'a pas mis les pieds au Rwanda depuis près de quinze ans, a peint une femme seule avec son enfant, dans un pays dévasté par la guerre.

Le mot de la fin revient à Dia Sanou, du Burkina Faso. "Au départ, je considérais cet emploi comme une activité pour meubler mes vacances. Au fil de l'été, j'y ai toutefois pris goût et j'ai eu la chance de m'exprimer à travers la création artistique. Dans compter que cela m'a permis de me faire des amis très sympathiques."