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25 août 2005

   

Université Laval

La vie, mode d'emploi

Pour lutter contre le sida, il faut non seulement distribuer des condoms mais aussi enseigner comment les utiliser

par Jean Hamann

Pour aider les pays africains à lutter contre les maladies transmises sexuellement (MTS) et contre le sida, il ne suffit pas de mettre des condoms à la disposition des travailleuses du sexe et de leurs clients; il faut aussi faire un minimum de formation pour leur expliquer comment les utiliser de façon adéquate. Michel Alary de l'Unité de recherche en santé des populations, et ses collègues Léonard Mukenge-Tshibaka, Nassirou Geraldo et Catherine Lowndes en font la démonstration éloquente dans un récent numéro de la revue scientifique International Journal of STD and AIDS. Les quatre chercheurs y rapportent les résultats d'une enquête, qu'ils ont réalisée au Bénin auprès de travailleuses du sexe et de leurs clients, sur la façon adéquate d'utiliser un condom.

Pour mener à bien cette étude, les chercheurs ont interrogé 314 prostituées de Cotonou et 208 clients potentiels qui fréquentaient des lieux de prostitution. Tous les participants devaient installer, au meilleur de leurs connaissances, un condom sur un modèle de pénis en bois. Même si 98 % des prostituées et 82 % des clients ont déclaré avoir déjà utilisé un condom, les résultats laissent perplexes. Environ 90 % des personnes interrogées n'ont pas vérifié la date d'expiration du condom, près de 30 % n'ont pas déchiré la pochette du condom en utilisant l'encoche prévue à cette fin, 83 % des femmes et 72 % des hommes ont négligé de presser l'extrémité du condom pour en chasser l'air avant de l'installer et 25 % des hommes et 11 % des femmes ont déroulé le condom du mauvais côté. Dans l'ensemble, à peine 11 % des personnes qui ont pris part à l'étude ont exécuté correctement toutes les opérations requises pour assurer un usage sécuritaire du condom.

Les bris de condoms ne sont pas rares parmi les participants: une femme sur huit et un homme sur cinq ont rapporté avoir déjà vécu cette situation. Les prostituées qui ne sont jamais allées à l'école - soit 30 % des sujettes - et celles qui n'ont jamais eu recours aux services d'une clinique de prévention des MTS rapportaient davantage de ruptures de condom que leurs consoeurs. Déchirer la pochette ailleurs qu'à l'encoche et ne pas chasser l'air de l'extrémité du condom sont les deux principaux facteurs associés à un taux élevé de rupture de condom.

Les hauts taux de mauvaise utilisation et les ruptures fréquentes de condom rapportés dans cette population à risques remettent en question le recours au nombre de condoms distribués ou utilisés pour évaluer les campagnes de prévention contre les MTS et le sida, estiment les chercheurs. "Il faut non seulement rendre les condoms disponibles, mais il faut aussi démontrer, aussi souvent que possible, comment les utiliser correctement." Les données qui ont servi à l'étude ont été récoltées sur le terrain en 2000. Depuis, précise Michel Alary, les programmes ont été ajustés et les séances de formation sont plus courantes, ce qui se traduit par un bien meilleur taux de bonne utilisation du condom.