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25 août 2005

   

Université Laval

Deuxième mission dans l'Arctique

L'équipage du navire de recherche Amundsen y étudie l'impact du réchauffement climatique sur l'écosystème marin

par Pascale Guéricolas

C'est dans un concert de cornes de brume que le navire de recherche océanographique Amundsen a levé l'ancre à Québec, le 5 août, pour une seconde mission scientifique de trois mois. Cette mission se déroule dans le cadre des activités du Réseau de centres d'excellence canadien ArcticNet. Cap vers l'Arctique maritime canadien pour les 42 scientifiques à bord, dont une quinzaine de chercheurs, étudiants et stagiaires post-doctoraux de l'Université Laval. "C'est le temps ou jamais de prendre le pouls de l'Océan arctique pour ne pas manquer la phase exponentielle du réchauffement du climat", explique Louis Fortier, grand responsable du projet CASES (Canadian Arctic Shelf Exchange Study), directeur de Québec-Océan et professeur au Département de biologie de l'Université Laval. "La première mission de l'Amundsen nous a permis de voir l'état du patient, cette fois, il s'agit plutôt d'un suivi."

Au cours de leur voyage, les scientifiques vont donc mettre en place des observatoires permanents dans trois régions océaniques clés, les Eaux du Nord, la Mer de Beaufort et la Baie d'Hudson, tout en prélevant également des échantillons de glace. Un quatrième site d'observation s'ajoute: la mer de Laptev, dans l'Arctique sibérien, où Louis Fortier se rend début septembre en compagnie d'une équipe de chercheurs américains, canadiens et russes. Une fois installés, les équipements vont fournir des données pendant plusieurs années aux scientifiques qui les relèveront à chacun de leurs passages. Il s'agit d'une série d'appareils fixés sur un câble ancré au fond, maintenus à la verticale grâce a des bouées en verre, et placés à une profondeur de 30 à 200 mètres selon les conditions de glace et la présence d'icebergs dans la région.


Plus de 200 chercheurs d'une dizaine de pays participent aux travaux menés à bord de l'Amundsen. Dirigé par l'Université Laval, ce projet constitue la plus importante mission scientifique canadienne jamais réalisée en océanographie arctique.


Comme le précise Martin Fortier, directeur exécutif d'ArticNet, l'expédition permettra de mettre en place quatre types d'appareils. Deux courantomètres mesurent, par exemple, la vitesse et la direction des courants marins, la température, la conductivité (donc la salinité), la profondeur, la turbidité, l'oxygène dissout à une profondeur précise ou sur une longue colonne d'eau. Les pièges à particules, quant à eux, recueillent des restes de phytoplancton, de zooplancton mort, de pelotes fécales, ainsi que du sable et des sédiments. Ces prélèvements devraient s'effectuer sur une durée de une à quatre semaines afin de dresser une série temporelle du flux de carbone organique et inorganique durant la période couverte par le mouillage. Par ailleurs, les scientifiques vont mettre en place des hydrophones afin d'enregistrer les vocalisations des mammifères comme les phoques, les morses, les bélugas. Véritables espions sous-marins, ces micros observeront les déplacements des animaux puisqu'on soupçonne que la fonte du couvert de glace et le passage plus fréquent des bateaux dans cette zone pourraient avoir des conséquences sur leurs habitudes de vie.

Les chercheurs relèveront toutes ces données lors d'une prochaine mission scientifique l'an prochain. Ils croiseront ces données avec des observations par satellite sur l'épaisseur de la glace. Une fois analysées, elles donneront de précieuses indications aux chercheurs sur la manière dont le climat évolue. "Il nous faut vérifier si les modèles de réchauffement de la planète élaborés jusqu'à présent sont timorés ou exagérés, précise Louis Fortier. En fait, il semble que les prévisions les plus alarmistes sont les plus proches de la réalité." ArticNet prévoit déployer de nouveaux observatoires automatisés dans les années à venir, tout en relevant de façon annuelle les données des équipements déjà existants. L'Amundsen repartira donc en mission chaque année pour quelques mois jusqu'en 2011. Il est également question d'une expédition d'un an autour de 2007-2009, à l'occasion de l'Année internationale polaire.