Au fil des événements
 

23 juin 2005

   

Université Laval

Pour plus de démocratie et de progrès

L'Organisation des États américains doit restaurer la crédibilité des Sommets des Amériques

par Yvon Larose

Le processus des Sommets des Amériques, qui avait commencé sous des auspices très favorables il y a une dizaine d'années au moment de sa création par l'Organisation des États américains (OÉA), n'a pas répondu aux attentes. Le quatrième Sommet, qui se tiendra cet automne à Mar del Plata, en Argentine, se doit de restaurer la crédibilité de ce processus en s'attaquant directement aux menaces qui affectent la démocratie et les progrès sociaux dans certains des pays membres de l'OÉA. Atteindre ce but passe par la mise en application pleine et entière de la Charte démocratique interaméricaine adoptée en 2001. Il faut aussi identifier les mécanismes qui permettraient une véritable mobilisation des ressources dans le contexte de l'intégration économique en cours. On doit également établir des priorités dans le cadre de la réforme et du renforcement en cours des institutions régionales.

Tel est, pour l'essentiel, le contenu du communiqué final émis le 3 juin dernier à Fort Lauderdale, en Floride, par la trentaine de participants à une "table ronde" tenue par le Forum académique des Amériques dans le cadre de la 35e session régulière de l'assemblée générale de l'OÉA. Le Forum est un regroupement de chercheurs dont le secrétariat est établi au Centre d'études interaméricaines de l'Institut québécois des hautes études internationales de l'Université Laval. Les participants provenaient du monde académique de plusieurs pays dont le Canada, les États-Unis, le Mexique, le Costa Rica et le Brésil. Leur communiqué a fait l'objet d'une présentation devant l'ensemble des ministres des affaires étrangères des 34 pays membres de l'OÉA.

"La situation de quasi-coup d'État qui sévissait alors en Bolivie a influencé les débats, explique Gordon Mace, professeur titulaire au Département de science politique et directeur du Centre d'études interaméricaines. Elle a amené les participants à revenir avec plus de force sur la notion de respect de la démocratie." Il rappelle que la Bolivie et récemment l'Équateur font face à des inégalités et à une pauvreté particulièrement aiguës. "Le communiqué, ajoute-t-il, disait aux ministres que, malgré les Sommets tenus depuis 1994, les États membres n'ont toujours pas réussi à définir des politiques régionales qui permettraient d'atténuer ces problématiques."

Des propositions pertinentes
Dans leur communiqué, les chercheurs ont recommandé, entre autres, la création d'une agence indépendante pour la surveillance de l'évolution de la démocratie. "L'agence avertirait les gouvernements avant qu'ils n'aillent trop loin dans les manquements relatifs à la gouvernance démocratique et aux droits de la personne", indique Gordon Mace. Selon lui, l'intégration économique constitue la condition sine qua non de tout changement en profondeur. "Si on veut qu'il y ait plus de coopération dans les domaines de la démocratie, de l'éducation ou de la sécurité, il faut, à la base, l'intégration économique comme pierre angulaire." Face à la stagnation des budgets et à l'augmentation des mandats lors des Sommets, les chercheurs requièrent davantage de fonds pour faire avancer les choses. "Dans ce but, souligne Gordon Mace, nous avons demandé que les ministres des Finances des pays membres se réunissent entre les Sommets pour actualiser les mandats. Il est important qu'il y ait une meilleure coordination entre eux et le reste de la structure."