Au fil des événements
 

23 juin 2005

   

Université Laval

"Le temps de prendre est arrivé"

Hélène Pedneault souhaite une présence accrue des Québécoises en politique parce que c'est une question de démocratie appliquée

par Renée Larochelle

"Si les femmes constituent 50 % de la population du Québec, elles devraient être 50 % à siéger en politique. Il ne s'agit pas de radicalisme, mais plutôt de démocratie appliquée. La véritable parité, elle est là et pas ailleurs." N'ayant pas l'habitude de mâcher ses mots, l'écrivaine engagée qu'est Hélène Pedneault n'a pas dérogé à la règle, le 15 juin, alors qu'elle a livré un discours des plus convaincants dans le cadre du colloque interdisciplinaire "Féminisme et institutions démocratiques" qui a eu lieu à l'Université du 12 au 18 juin. Pour la vice-présidente du Conseil de la souveraineté du Québec, "le temps de prendre est arrivé", comme disait Jacques Michel dans sa chanson Un nouveau jour va se lever. "C'est un nombre significatif de femmes en politique qui va changer les choses et non pas une minorité, comme c'est le cas présentement."

Lorsqu'elle entend l'exemple classique de l'ex-première ministre britannique Margaret Thatcher pour illustrer qu'une femme au pouvoir ne fait pas mieux qu'un homme, sinon pire, Hélène Pedneault rue dans les brancards: "On ne parle jamais de femmes comme la première ministre de Norvège, Madame Brundtland, dont les trois mandats consécutifs ont fait avancer les choses comme jamais auparavant dans ce pays. En arrivant au pouvoir, son premier geste a été justement de nommer un nombre égal d'hommes et de femmes dans son parti."

Le pouvoir, connais pas
Mais pour régler le problème du déficit en politique, encore faut-il que les femmes elles-mêmes décident de faire le saut dans l'arène. Si elles dirigent des syndicats et des fédérations, en plus d'être nombreuses sur la scène municipale, les femmes demeurent réticentes à vouloir jouer un rôle à l'avant-scène, là où les grandes décisions se prennent. Préfèreraient-elles être des satellites plutôt que des planètes? Seraient-elles plus à l'aise dans l'opposition qu'au pouvoir? Sont-elles trop peureuses, trop lucides ou encore trop exigeantes? "Les femmes devraient faire preuve d'un peu moins de prudence et avoir davantage le sens du risque", croit Hélène Pedneault, pour qui l'autonomie des femmes va de pair avec l'indépendance du Québec, avec tout ce que ce projet devenu réalité comporterait de stimulant pour l'avenir de la société québécoise.

"Dire oui au pays, c'est parler. Dire non, c'est se taire", estime la souverainiste. De toute façon, les Québécoises n'ont rien à perdre avec un oui. Déjà qu'elles sont les plus pauvres au Canada et qu'elles gagnent encore 70 % du salaire des hommes Alors, où est le problème? "La discrétion des femmes sur le projet de pays est consternante et harassante", constate Hélène Pedneault qui déplore l'absence de modèles féminins pour les jeunes femmes ("Où sont les Pauline Julien et les Lise Payette?") Devant ce vide, vers où se tourner sinon vers soi-même si on a le goût de faire avancer les choses? "Il faut être persuadée de sa propre importance en tant que femme", avance Hélène Pedneault. Une chose est certaine: l'équilibre de la planète a besoin de la vision complémentaire des hommes et des femmes. Aux plans social et environnemental, nous sommes à un tournant. Je le répète: la politique a besoin d'hommes et de femmes. Cela ne signifie pas que les femmes feront mieux, mais au moins, nous bénéficierons de deux visions différentes."