Au fil des événements
 

23 juin 2005

   

Université Laval

50 ans de génie mécanique

Une fête souligne les réalisations de ce département rodé au quart de tour et qui a formé 3 600 diplômés

par Jean Hamann

"Qu'un département de génie mécanique soit organisé à la Faculté des sciences et que M. Louis-Philippe Bonneau en soit le directeur". C'est par cette recommandation laconique, tirée du procès-verbal de l'Assemblée du Conseil universitaire du 24 novembre 1954, que le Département de génie mécanique a vu le jour à l'Université Laval. Cinquante ans et 3 600 diplômés plus tard, personne ne pourrait deviner par le ton neutre de cette résolution que la création de ce département a été arrachée de haute lutte par le doyen de la Faculté des sciences et de génie (FSG) de l'époque, Adrien Pouliot, et par le premier directeur du département, Louis-Philippe Bonneau. Pour les quelque 80 employés retraités ou actifs et étudiants qui s'étaient réunis le 11 juin pour célébrer le demi-siècle de leur département, ces débuts tumultueux constituent une source supplémentaire de fierté.

Lors de cette soirée commémorative, l'actuel doyen de la FSG, Jean-Baptiste Sérodes, a rappelé, citant les travaux de l'historienne des sciences Danielle Ouellet, que le Département de génie mécanique était un autre élément clé du projet entrepris par Adrien Pouliot de doter l'Université Laval d'une faculté moderne d'enseignement des sciences et de génie pour le bénéfice de la société québécoise. À l'époque, la sous-scolarisation des francophones était inquiétante; à peine 63 % des élèves terminaient leur septième année. Le système d'éducation était sous-financé, élitiste et sexiste. En 1946, Adrien Pouliot organise une campagne de lobbying auprès des membres du gouvernement du Québec afin "de préparer des spécialistes canadiens-français en génie mécanique" et "de corriger la situation extrêmement défavorable de nos compatriotes dans la direction de l'industrie mécanique de demain".

Le recteur de l'époque, Mgr Vandry, lui refuse les crédits nécessaires pour créer ce nouveau département, car selon lui, la FSG a déjà reçu plus que sa part. "Adrien Pouliot met sur pied une commission pour étudier la question du génie mécanique, a rappelé le doyen Sérodes. Fin stratège, il s'assure, en outre, une contribution financière du gouvernement et fait comparaître des gens dont il s'est assuré l'appui. Oh surprise! La commission recommande la création d'un département de génie mécanique! De guerre lasse, les autorités de l'Université donnent le feu vert au projet puisque c'est le gouvernement qui paye." Après huit années de travail, le Département de génie mécanique voit le jour.

Une machine bien rodée
Depuis, le Département a formé 3 185 diplômés au baccalauréat, 395 diplômés à la maîtrise et 111 diplômés au doctorat, sans compter les 33 diplômés à la maîtrise en génie aérospatial et les 136 diplômés de 2e cycle en génie industriel, a souligné l'ancien directeur, Dinh Nguyen. Évidemment, la formation a changé considérablement depuis les débuts, a-t-il poursuivi, rappelant qu'en 1955, la règle de calcul était l'outil de travail quotidien des étudiants!

Le Département a pris un visage plus féminin avec le temps. Claire Deschênes peut en témoigner. Née la même année que le département, elle en est devenue la première étudiante au bac en 1974, la première bachelière en 1977 (avant elle, Andrée Laboisse avait obtenu une maîtrise en 1973) et la première professeure en 1989. "Aujourd'hui, il y a 72 étudiantes au premier cycle (13 %), 12 à la maîtrise (19 %) et 6 (17%) au doctorat", a souligné Claire Deschênes, qui dirige la Chaire CRSNG/Alcan pour les femmes en sciences et génie au Québec.

La recherche aussi a fait un bond prodigieux. Plutôt marginales dans les années 1950, les activités de recherche occupent maintenant une part importante de la tâche des 22 professeurs du département. Le montant annuel des subventions et contrats de recherche atteint maintenant 3 millions de dollars et une centaine d'étudiants sont inscrits à la maîtrise ou au doctorat.
Entre 130 et 140 nouveaux étudiants s'inscrivent chaque année en génie mécanique, rappelle l'actuel directeur du Département Jean Lemay. "C'est le programme de génie qui attire le plus d'étudiants. Au Québec d'ailleurs, entre 30 % et 40 % des ingénieurs sont des diplômés en génie mécanique. Le taux de placement des finissants était excellent dans les années 1950 et il l'est toujours aujourd'hui. L'éventail des matières qu'on couvre est très large de sorte qu'on retrouve nos diplômés dans toutes les sphères d'activités."

"Le Département de génie mécanique constitue sans conteste un organe vital de la Faculté des sciences et de génie, a souligné le doyen Sérodes. À l'image du moteur d'une voiture ou d'une machine, c'est un département qui "ronronne". Fait notable, ses composantes uniques, fiables, performantes et durables, lui ont toujours assuré un développement continu et stable.".