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23 juin 2005

   

Université Laval

Les sentinelles de l'air

Une équipe du Centre de recherche de l'Hôpital Laval raffine l'usage d'un appareil de détection pour armes bactériologiques

par Jean Hamann

Une équipe du Centre de recherche de l'Hôpital Laval vient de raffiner l'interprétation qu'on peut faire des données obtenues à l'aide un appareil de détection pour armes bactériologiques, développé par le ministère de la Défense nationale. Christian Laflamme, Daniel Verreault, Sophie Lavigne, Luc Trudel et Caroline Duchaine, du Centre de recherche de l'Hôpital Laval, et leur collègue Jim Ho, de la Défense nationale, ont établi l'existence d'un lien étroit entre la viabilité d'une bactérie et sa fluorescence intrinsèque. Dans le numéro de mai de la revue scientifique Frontiers in Bioscience, ces chercheurs rapportent que les bactéries qui deviennent très fluorescentes après avoir été exposées à un rayonnement ultraviolet sont dotées d'une plus grande viabilité que les bactéries peu fluorescentes, et que, conséquemment, elles pourraient poser un plus grand risque pour la santé humaine. Les causes de cette variation dans la fluorescence intrinsèque des spores bactériennes sont inconnues pour l'instant.

Cette démonstration constitue un appui de taille à une technologie développée par des chercheurs de la Défense nationale qui ont mis au point un appareil servant à détecter dans l'air ambiant la présence de bactéries utilisées comme armes biologiques. L'appareil en question, le FLAPS (séparateur granulométrique aérodynamique à fluorescence) permet de repérer instantanément la présence de spores de bactéries dotées de fluorescence intrinsèque. Il restait cependant à établir que les spores fluorescentes constituaient une plus grande menace pour la santé humaine, ce que l'équipe de la professeure Caroline Duchaine vient de faire. Son équipe de recherche a découvert que les bactéries très fluorescentes sont 1,7 fois plus promptes à se multiplier lorsqu'on les place dans un milieu de culture approprié et qu'elles possèdent aussi d'autres caractéristiques cellulaires qui témoignent d'une plus grande viabilité que les bactéries peu fluorescentes.

La Défense nationale recourt au FLAPS pour suivre en temps réel l'évolution des concentrations de spores de bactéries dans l'air ambiant de façon à protéger la santé de troupes déployées en territoire hostile contre d'éventuelles attaques bactériologiques. "Le défi consiste à détecter très rapidement la présence de spores de bactéries dangereuses alors que l'air contient des millions de spores, certains vivantes et d'autres mortes, explique Caroline Duchaine. Il serait fastidieux de cultiver toutes ces bactéries in vitro et surtout beaucoup trop long pour réagir adéquatement à ce qui pourrait être une attaque bactériologique par aérosol. En déterminant la concentration de bactéries dans l'air et leur viabilité, on peut mieux apprécier le risque pour la santé humaine et réduire les alarmes inutiles."

Caroline Duchaine précise que le FLAPS ne permet pas déterminer si les bactéries présentes dans l'air sont pathogènes, comme celles qui causent l'anthrax par exemple, ou si elles sont inoffensives. "Ce que l'appareil recherche, c'est une élévation brusque et anormale du nombre de spores de bactéries dans l'air, qui pourrait correspondre à une attaque bactériologique. Maintenant, en plus de connaître la concentration de spores de bactéries dans l'air, nous avons une meilleure appréciation de leur viabilité et du risque qu'elles posent pour la santé humaine."