Au fil des événements
 

23 juin 2005

   

Université Laval

Une fête à la mesure des efforts consentis

Quelque 10 000 personnes ont assisté aux cérémonies de collation des grades les 11, 12, 18 et 19 juin au Stade couvert du PEPS

par Yvon Larose

"Je ressens un sentiment d'accomplissement. Et la cérémonie était vraiment bien. J'ai été surprise, je ne m'attendais pas à ça. C'est une belle façon de souligner la fin des études." Nul doute qu'Audrey Dallaire (baccalauréat en nutrition) gardera un beau souvenir de sa collation de grades. La cérémonie, qui honorait 206 diplômées et diplômés de la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation, et de la Faculté de foresterie et de géomatique, s'est déroulée dans l'avant-midi du dimanche 12 juin au Stade couvert du PEPS. Luc Traversy (bac en aménagement et environnement forestiers) y était. "Je suis très heureux, a-t-il dit. C'est une belle ambiance, un beau décorum. Après toutes ces années d'efforts, je suis fier de ce que j'ai accompli." Même réaction chez Audrey Lefebvre (bac en géographie), qui s'est dite honorée de la présence d'aussi nombreux dignitaires. "Ils sont ici pour nous, c'est vraiment spécial." Luc Rollin (bac en sciences et technologie des aliments) ressentait une fierté toute particulière. "Mon diplôme représente une grande valeur parce que je suis le premier dans ma famille à décrocher un diplôme universitaire. J'en remercie mes parents. Je vais poursuivre mes études à la maîtrise."

Audrey Dallaire, Luc Traversy, Audrey Lefebvre et Luc Rollin figurent parmi les 2 752 étudiantes et étudiants à avoir participé cette année aux séances de collation des grades. Ces étudiants représentent environ le tiers de l'ensemble des diplômés de l'année académique 2004-2005 (été, automne, hiver), les deux tiers d'entre eux étant des femmes. La collation des grades est un événement majeur par lequel l'Université souligne avec faste la fin d'un cycle d'études chez ses étudiantes et étudiants. Cette célébration de la réussite a lieu annuellement, au mois de juin, dans l'immense Stade couvert du PEPS. La remise des diplômes nécessite sept cérémonies distinctes qui se déroulent sur deux fins de semaine consécutives. Avec les parents, conjoints, enfants et amis sur place, sans oublier les dignitaires, on estime qu'environ 10 000 personnes ont assisté aux cérémonies qui se sont tenues, cette année, les 11, 12, 18 et 19 juin.

Un spectacle impressionnant
En cette matinée du 12 juin, la vaste salle décorée des grandes bannières aux couleurs institutionnelles se remplissait peu à peu au son du fameux et solennel Pomp and Circumstance, d'Edward Elgar. Des enfants en bas âge aux aînés vénérables, tous les groupes d'âges étaient représentés. Puis, les diplômés, revêtus de la toge noire attachée d'une boucle rouge, ont fait leur entrée. L'un derrière l'autre, ils se sont rendus au centre de la salle, à la place qui leur avait été assignée. Derrière le cordon de sécurité, de nombreux parents, conjoints et amis photographiaient ou filmaient au passage qui leur enfant, qui leur conjoint(e), qui leur ami(e). Certains envoyaient la main, d'autres tenaient un bouquet de fleurs. Tous souriaient. L'émotion était palpable. La joie était au rendez-vous. Lorsque le défilé des dignitaires s'est mis en branle, Edward Elgar a cédé la place, dans les hauts parleurs, à Georg Friederich Haendel et à sa Music for the Royal Fireworks. L'étudiante Véronique Brassard (bac en génie alimentaire) a eu l'honneur d'ouvrir le défilé. Elle portait la masse de l'Université, laquelle symbolise l'autorité en vertu de laquelle l'Université confère les grades universitaires.

Dans son allocution, le recteur Michel Pigeon a souligné que la cérémonie marquait "l'aboutissement d'années d'efforts et de persévérance". "Les compétences que vous avez développées au cours de vos études, a-t-il ajouté, sont un acquis sur lequel vous pourrez vous appuyer toute votre vie."

Joël de la Noüe et Marc J. Trudel, tous deux de la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation, ont été proclamés "professeur émérite" de l'Université Laval. Le recteur a ensuite procédé à la remise des diplômes. Élisabeth Fortier, récipiendaire du Prix du Lieutenant-gouverneur du Québec (voir article ci-après), a reçu son diplôme de premier cycle en agronomie. Le recteur Pigeon a également décerné un doctorat en sciences de l'agriculture honoris causa à Édouard Brochu, agronome et spécialiste de la microbiologie alimentaire. Le récipiendaire a revêtu l'épitoge et signé le Livre d'or de l'Université. "Pendant quelque 70 ans, a rappelé ce dernier, j'ai consacré mes efforts à diffuser mes connaissances en développement constant sur le rôle des bactéries lactiques dans la répression des micro-organismes nuisibles ou pathogènes, la protection du système digestif des humains et des animaux, la prévention des maladies infectieuses, et leur utilisation comme probiotiques et nutraceutiques."

Prenant la parole à son tour, Marc Pelchat, doyen de la Faculté des études supérieures, a notamment déclaré: "Le domaine du savoir que vous maîtrisez maintenant vous permettra, sur votre terrain d'intervention, et dans un monde de plus en plus complexe, de faire émerger de ce dialogue avec d'autres domaines du savoir une vision renouvelée du monde." La cérémonie a pris fin par le défilé de clôture tandis que jouait la version instrumentale de l'hymne de l'Université Laval, Savoir et beauté.

Simplicité et profondeur
L'après-midi du même jour, 411 étudiantes et étudiants de la Faculté des sciences et de génie, dont 22 au doctorat, ont reçu leur diplôme des mains du recteur. Ce dernier a également décerné un doctorat ès sciences honoris causa au physicien américain d'origine française Gérard A. Mourou, directeur du Centre for Ultrafast Optical Science de l'Université du Michigan. Dans son discours, ce dernier a rappelé qu'Albert Einstein "a su, comme nul autre, à partir de constatations simples, tirer des conclusions aussi profondes que fondamentales". "Einstein disait que le jour le plus important de sa vie était celui où il avait réalisé, assis dans son bureau d'inspecteur de brevets à Berne, que lorsqu'on tombait de façon libre, on ne sentirait pas son poids, a relaté Gérard A. Mourou. De cette simple constatation, il en tirait la relativité générale."

Pierre Ardouin et Gilles-Y. Delisle, tous deux de la Faculté des sciences et de génie, ont été proclamés "professeur émérite" de l'Université Laval. Quant à Sophie Baillargeon (maîtrise en statistique) et Mélanie Morneau (bac en biochimie), elles ont reçu respectivement la Médaille d'or et la Médaille d'argent de la Gouverneure générale du Canada.

Le jour précédent, au cours de la première séance de collation des grades, Michel Pigeon avait décerné 524 diplômes à autant de finissantes et de finissants des facultés de Médecine, de Médecine dentaire, de Pharmacie, des Sciences infirmières et de la Faculté des études supérieures. On comptait 15 finissants au doctorat parmi eux. Durant la cérémonie, Hans-Wolfgang Ackermann, de la Faculté de médecine, a été proclamé "professeur émérite" de l'Université Laval. L'Américain Samuel Franklin Dworkin, psychologue, orthodontiste et clinicien chercheur, a pour sa part reçu un doctorat honorifique ès sciences. "Vous entrez sur le marché du travail alors que le domaine de la santé se voit confronté à des défis énormes et à de grandes promesses, a-t-il expliqué aux finissantes et aux finissants. Dans les laboratoires américains et canadiens, les chercheurs en génie tissulaire et en science biomédicale pourront, d'ici quelques années, produire de nouvelles dents ou de nouveaux curs. Les avancées en neurosciences du comportement sont également très prometteuses. On pourra étudier en détail la façon dont le cerveau régit notre vie émotionnelle, en relation avec nos maladies et notre santé."

Penser et faire autrement
La deuxième fin de semaine de collation des grades a pris son envol, le samedi 18 juin, en présence de 350 finissantes et finissants de la Faculté des sciences de l'administration. Quatre nouveaux "Ph.D." faisaient partie du groupe. L'étudiant Benoît Larouche (bac en administration des affaires ­ profil international), récipiendaire du prix Mérite Hermès, a ouvert le défilé des dignitaires en portant la masse de l'Université.

Le fait saillant de cette cérémonie tenue en matinée a été la remise d'un doctorat en sciences de l'administration honoris causa à Gilles Paquet, président de la Société royale du Canada, professeur émérite de l'Université d'Ottawa et diplômé de l'Université Laval. "Si j'avais à identifier la chose la plus importante reçue de mon éducation à Laval, a-t-il dit, ce serait l'incitation à penser et à faire autrement. L'incitation à faire de la marine en long, comme l'écrivait Marcel Pagnol dans Marius. Il s'agit d'une forme imprudente de marine qui, contrairement à la marine en large, explore, se dépasse, va au bout du monde et en rapporte toutes sortes de denrées nouvelles. Pour faire ce type de marine, il faut un brin d'arrogance, beaucoup de travail, de l'imagination et une rigueur de tous les instants."

Dans le cours de la cérémonie, le professeur Jean-Marie Gagnon, de la Faculté des sciences de l'administration, a été proclamé "professeur émérite" de l'Université Laval. Isabelle Plante (maîtrise en administration des affaires ­ management) et Marie-Claude Drouin (bac en administration des affaires) ont reçu respectivement la Médaille d'or et la Médaille d'argent de la Gouverneure générale du Canada.

L'après-midi du 18 juin a permis à 431 étudiantes et étudiants, dont 16 nouveaux Ph.D., de recevoir leur diplôme des mains du recteur Pigeon. La Faculté de droit, la Faculté des sciences sociales, la Faculté des études supérieures et l'Institut québécois des hautes études internationales étaient à l'honneur. Nabil N. Antaki, François Frenette et Patrice Garant, de la Faculté de droit, ainsi que Fernand Morin et Robert Rousseau, de la Faculté des sciences sociales, ont été proclamés "professeur émérite" de l'Université Laval. Valentina Gueorguieva (doctorat en sociologie) s'est vue remettre la Médaille d'or de la Gouverneure générale du Canada. Et le cinéaste et producteur Arthur Lamothe, pionnier du cinéma ethnographique, a reçu un doctorat honorifique en sciences sociales.

Après avoir rendu hommage à plusieurs des Innus qu'il a filmés, Arthur Lamothe a souligné que les plus anciens d'entre eux étaient dépositaires "de trésors merveilleux". "Ces récits incroyables, a-t-il indiqué, mettent des Innus aux prises avec des êtres perfides et anthropophages. Dans leurs combats, les Innus, soutenus par le géant Mistapéo, en sortent toujours triomphants. Et que dire des légendes qui racontent l'origine mythique des saisons?" Selon lui, le merveilleux innu doit, au même titre que les combats de Josué à Jéricho, les légendes arthuriennes et la Divine Comédie de Dante, faire partie du trésor culturel de l'humanité.

Développer une culture de dialogue
Quatre cents finissantes et finissants, dont onze nouveaux Ph.D., ont envahi le Stade couvert dans la matinée du dimanche 19 juin. La séance était consacrée aux facultés de Philosophie, des Sciences de l'éducation, de Théologie et de Sciences religieuses, et des Études supérieures, ainsi qu'à la Direction du baccalauréat multidisciplinaire. Deux professeurs de la Faculté des sciences de l'éducation ont été proclamés "professeur(e) émérite" de l'Université Laval, soit Pierre W. Bélanger et Danielle Riverin-Simard. Quant à l'humaniste Federico Mayor, il a reçu un doctorat en philosophie honoris causa des mains du recteur. Dans son discours (voir l'encadré en ces pages), cet ancien directeur général de l'UNESCO a insisté sur le rôle de la philosophie dans le monde moderne et sur l'importance de développer une culture de dialogue, de conciliation et de vie.

Soulignons que Martine Plante (bac en éducation au préscolaire et en enseignement au primaire) a reçu le prix Jules-Dumas. Jean-François Maheux (bac en enseignement secondaire mathématiques-chimie) a mérité le Prix de l'Association mathématique du Québec et du Groupe des responsables de la mathématique au secondaire. Quant à Jeanne Samson (bac en intervention sportive), Isabelle Gaudreau et Olivier Couture (bac en enseignement de l'éducation physique et à la santé), ils ont tous trois reçu le Prix de la Fondation Strathcona.

L'ultime séance de collation des grades réunissait les facultés d'Aménagement, d'Architecture et des Arts visuels, des Lettres, de Musique et des Études supérieures. Le recteur a remis 430 diplômes à cette occasion, dont 13 nouveaux doctorats. Il a aussi présenté le quatorzième et dernier professeur émérite de la collation des grades 2005: Anna-Marie Globenski, de la Faculté de musique. Enfin, il a remis un doctorat honorifique en musique à René Dupéré, musicien et compositeur rendu célèbre par ses nombreuses collaborations avec le Cirque du Soleil. Ce diplômé de l'Université Laval se considère en quelque sorte comme un artiste romantique du 19e siècle utilisant des outils du 21e siècle. Dans son allocution, il a identifié les cinq ingrédients qui conduisent, selon lui, au succès, soit la passion, le talent, le métier, le courage et la chance. "Je ne possède pas la recette du succès, mais j'en connais les ingrédients, a-t-il expliqué. Ne pas avoir de recette est une bonne nouvelle parce que cela crée une zone de mystère, d'intangible qui fait que chacun de vous peut, à travers ce mystère, fonder des espoirs pour le futur." René Dupéré se dit convaincu que "la musique, après l'amour, est la plus belle chose qui soit arrivée à l'humanité. Je pense aussi qu'elle est la plus belle porte d'entrée dans quelque culture que ce soit sur la planète."