Au fil des événements
 

26 mai 2005

   

Université Laval

Survivre dans les arts visuels

par Pascale Guéricolas

Après, les fumeurs, les alcooliques, les chanteurs, les rénovateurs, voici que les artistes en arts visuels ont leur émission de téléréalité intitulée Residence Story / The Artist, the Survivor. Sept étudiants et diplômés de l'École des arts visuels de l'Université Laval et un huitième issu de l'Université du Québec à Trois-Rivières ont inauguré leur propre série dans le cadre de la Manif d'art qui se poursuit jusqu'au 12 juin sur le thème du cynisme. Depuis le 30 avril dernier, le groupe se partage le local de création de la Chambre blanche, un centre d'artistes, pour créer en direct sous l'objectif de Webcams.

Comme dans toute bonne émission de téléréalité, le public vote, deux candidats doivent plier bagages chaque semaine, et les participants se déchirent en public. L'une des artistes, Amélie Laurence Fortin, a ainsi quitté volontairement le navire en déclarant: "Cette situation est imperméable à toute intention de sincérité et de jeu, ce qui contrevient aux possibilités multiples du lieu." Ce qui a entraîné cette réplique des autres membres du projet: "L'amitié et la solidarité qui se dégageaient du groupe depuis le début s'effriteraient-elles comme dans les spectacles télévisés, alors qu'aux dires mêmes des participants la compétition n'existe pas dans le milieu des arts visuels ?"

"L'élimination par les votes est une parodie des émissions de télévision", précise Myriam Lambert, une des participantes, étudiante en deuxième année au baccalauréat en arts plastiques. "Au fond, on peut voter 75 fois par jour pour la même personne. C'est aussi une façon pour nous de porter un regard sur le manque d'argent dans les arts visuels, le manque de bourses." Installés dans une salle unique, les huit participants ont produit un plan de création pour se partager l'espace commun.

Au fil des semaines et des éliminations, certaines oeuvres ont pris de l'expansion et empiété sur le territoire des autres. Les cercles rouges de Julie Théberge se sont ainsi multipliés sur les murs, les portes, le plafond du local. "J'ai effectué un voyage dans le monde du photographe et peintre français Georges Rousse, explique l'étudiante à l'École des arts visuels. Il a l'habitude d'aller dans un lieu désaffecté pour peindre des compositions de carrés ou de cercles qu'il photographie ensuite."

De leur côté, les statues de Myriam Lambert enfermées dans des bas nylon et amarrées au sol s'étendent aussi dans la salle comme pour mieux rappeler l'idéologie matérialiste en vogue en Amérique du Nord. Pendant ce temps, Francis Arguin, un autre étudiant multiplie ses pièges à clous de spectateurs et Paule Genest peint draps et murs à l'encre et au fusain. Pour suivre l'oeuvre en direct et bien sûr voter, vous pouvez vous rendre sur le site http://66.130.178.161:2784/camera/, ou sur place à la Chambre blanche, 185, Christophe Colomb Est, du mardi au dimanche, de 13 h à 17 h.