Au fil des événements
 

26 mai 2005

   

Université Laval

Sucre virtuel

L'aspartame produit le même effet que le sucre chez les diabétiques qui s'adonnent à une activité physique

par Jean Hamann

Même si elle n'est pas un sucre, l'aspartame ne met pas les personnes diabétiques qui pratiquent une activité physique à l'abri des variations du taux de glucose sanguin qui peuvent conduire à l'hypoglycémie. En fait, ce produit imite tellement bien le sucre de table qu'il parvient à berner non seulement les papilles gustatives, mais également le système qui contrôle le taux de glucose sanguin (glycémie). C'est ce que démontrent les travaux que l'étudiante-chercheuse Annie Ferland a réalisés avec Paul Poirier, Simone Lemieux, Jean Bergeron, Ginette Turbide, Lison Fournier et Josée Bergeron. L'étude menée par cette équipe sur l'aspartame a fait l'objet d'une présentation le 13 mai lors de la Journée scientifique du Centre de recherche de l'Hôpital Laval.

Les chercheurs savent depuis plusieurs années que, chez les diabétiques de type 2, la pratique d'une activité physique après un repas induit de plus fortes variations de la glycémie qu'une séance d'exercices effectuée à jeun. Dans les deux premières heures qui suivent un repas, la glycémie des diabétiques s'élève - surtout si les aliments consommés sont riches en sucres - et elle redescend rapidement s'il y a activité physique. "Plus la glycémie atteint un niveau élevé, plus les risques subséquents d'hypoglycémie induit par l'exercice augmentent", explique Annie Ferland.

Les aliments qui contiennent des succédanés du sucre comme l'aspartame provoquent-ils eux aussi ces montagnes russes glycémiques? Pour en avoir le coeur net, les chercheurs ont invité dix sujets diabétiques à une séance d'entraînement de 60 minutes sur ergocycle. Cette séance se déroulait à jeun ou deux heures après un repas sucré avec du sucrose (sucre de table) ou de l'aspartame. Même si le contenu calorifique du plat contenant de l'aspartame était 20 % plus faible que celui sucré au sucrose, les deux repas ont provoqué une hausse similaire de la glycémie, suivie par une baisse rapide coïncidant avec le début de la séance d'exercices. De leur côté, les sujets à jeun n'ont pas subi de variations significatives de glycémie. "Nous avons été surpris par nos propres résultats, admet Annie Ferland. Comme l'aspartame n'est pas un sucre et comme le plat contenant de l'aspartame avait un indice glycémique moins élevé, nous ne pensions pas provoquer une réaction similaire au sucrose chez nos sujets."

Le cerveau réagit à un repas contenant de l'aspartame comme s'il s'agissait de sucre, constate l'étudiante-chercheuse de la Faculté de pharmacie. Pourtant, l'aspartame est une petite protéine constituée de deux acides aminés. Il faut de 160 à 220 fois moins d'aspartame que de sucre pour produire un goût sucré équivalent, de sorte que la contribution de cet édulcorant aux calories contenues dans les boissons et les aliments est à peu près nulle. L'une des recommandations nutritionnelles faites aux diabétiques consiste justement à remplacer le sucre par un substitut comme l'aspartame; environ 65 % des diabétiques respectent d'ailleurs cette consigne.

Quelles leçons faut-il tirer de cette étude? "Nos résultats réaffirment l'efficacité de la pratique régulière de l'activité physique comme moyen de contrôle de la glycémie, constate d'abord Annie Ferland. Ils démontrent aussi que la pratique de l'activité physique à jeun ne pose pas de problème pour le contrôle de la glycémie. Pour ce qui est de l'exercice après un repas, les personnes diabétiques doivent savoir que leur glycémie risque de baisser rapidement, surtout si elle est élevée au départ, si l'exercice est vigoureux et si le diabète est sévère. L'important est d'anticiper ce qui peut se produire et de ne pas croire que l'aspartame peut prémunir des variations importantes de glycémie." Les chercheurs ignorent pour l'instant si les autres succédanés du sucre produisent le même effet que l'aspartame chez les sujets diabétiques actifs.