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26 mai 2005

   

Université Laval

L'art de demain

Des finissants en arts plastiques s'affichent avec un formidable "à priori"

par Pascale Guéricolas

Jusqu'au 12 juin, une quarantaine de finissants en arts plastiques s'exposent et donnent un avant-goût de la future scène artistique aux deux derniers étages de l'École des arts visuels dans l'édifice de la Fabrique. Intitulée "À priori", l'exposition se veut un retour aux sources de l'art tout en donnant un sens nouveau à l'expression artistique. C'est peut-être pour cela que la peinture, surtout de très grand format, se taille la part du lion cette année, et que la figuration y tient une bonne place. Le ludique fait recette également cette année, comme si les jeunes artistes cherchaient à s'approcher du public en le faisant sourire.

"Il faut que l'oeuvre ait l'air facile, même si le travail d'épuration qui a permis de la produire est énorme", explique l'un des exposants, Jean-François Lahos. Les sérigraphies de Catherine Blanchet, "Mes Made in China", se retrouvent bien dans cette définition. À première vue, l'objet photographié en gros plan, une statuette arborant plusieurs dauphins, frappe par sa banalité. Pourtant, cette décoration ramenée de Gaspésie se démarque par le traitement que la finissante a effectué. "J'ai fait une sérigraphie quatre couleurs en mélangeant les encres, explique la jeune fille. Je voulais faire ressortir la brillance de l'objet, son esthétisme plutôt que son côté kitsch. En utilisant une trame en grille, on perd de vue l'aspect bibelot pour apprécier la qualité de la toile." Très attirée par la lithographie, l'estampe, la sérigraphie, Catherine Blanchet s'intéresse à la montée en puissance de l'estampe numérique, parfois décriée par les adeptes de l'estampe traditionnelle.

De plus en plus, les frontières s'estompent d'ailleurs dans les arts visuels. Ainsi, au moins trois finissants du baccalauréat, dont Marc-André Drouin, se passionnent pour la bande dessinée, au grand dam de certains puristes. "Bien sûr, plusieurs peintres m'inspirent, remarque le jeune homme, mais des dessinateurs comme Quino, Sempé ou Mordillo me fascinent car ils arrivent à tout dire en une image. Pour moi, le dessin permet en fait de m'exprimer plus facilement qu'en écrivant." Sa série de quatre tableaux installée au sein d'une murale raconte une série d'histoires d'humour et d'amour sur fond de gros coeurs roses bondissant des poubelles. Les détails cocasses y abondent, comme ce hamburger dont la taille varie dans une même composition, ou cette navette spatiale égarée dans un coin de l'image surchargée de personnages. Devant cette avalanche d'illustrations, le spectateur a quasiment l'impression de regarder l'esprit du créateur en jetant un coup d'il par la fenêtre.

Rire ensemble
C'est exactement le genre d'atmosphère que cherche à susciter le duo impair, Catherine Lavoie et Marie Hélène Rousseau, qui travaillent à quatre mains et deux cerveaux depuis un an. Les deux créatrices s'appuient indifféremment sur la photo, la peinture, l'illustration, les objets du quotidien détournés de leur sens et les moteurs électriques pour composer des installations capables de transporter le public dans une autre réalité. "Comme artistes, on se sent joyeuses. Nous avons envie que notre installation reflète ce bonheur", explique Marie-Hélène Rousseau. Elles ont donc imaginé un lieu ludique où les moteurs font tourner des objets de la vie domestique traités comme des éléments de décoration pour permettre au public de pénétrer dans leur bulle de création. Geneviève Leblanc use elle aussi d'humour dans son installation vidéo. Vous aurez ainsi le loisir de manger un plat de fruits en compagnie de quatre autres personnes apparaissant sur des télévisions empilées les unes sur les autres.

Jean-François Lahos s'intéresse, pour sa part, aux liens mystérieux qui se créent dans notre esprit assailli par des informations de toutes sortes. Son radeau, tissé de feuilles d'annuaire résidentiel, de photos personnelles et d'extraits de romans, sert de base à une projection vidéo où défilent des images de vagues, de rochers ou les pages du radeau. "Je suis parti d'une crise d'écurite des médias pour finalement arriver à un environnement zen, comme dans mon autre oeuvre, "La pyramide", elle aussi constituée de pages d'annuaires." Cette construction, éclairée par une projection vidéo de trois étages, traduit les questionnements de son créateur à propos de la hiérarchie dans nos sociétés et du petit nombre d'individus qui tirent les ficelles du pouvoir. Apparemment, les préoccupations sociales s'intègrent donc de plus en plus dans les oeuvres des finissants en arts plastiques cette année.

Le vernissage de cette exposition a lieu le vendredi 27 mai, à 17 h, à l'édifice de la Fabrique. L'exposition se déroule jusqu'au 12 juin du mercredi au vendredi, de 11 h 30 à 16 h 30 et les samedi et dimanche de 13 h à 17 h, aux deux derniers étages de l'École des arts visuels.