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12 mai 2005

   

Université Laval

De la pure dope

La THG n'a rien d'un supplément alimentaire, démontrent des chercheurs de la Faculté de médecine

par Jean Hamann

S'il subsistait le moindre doute quant à la nature réelle de la THG - le produit de synthèse au coeur d'un scandale de dopage sportif impliquant plusieurs dizaines d'athlètes olympiques et professionnels -, il vient d'être levé par une équipe du Centre de recherche du CHUL. En effet, Fernand Labrie, Van Luu-The, Ezequiel Calvo, Céline Martel, Julie Cloutier, Sylvain Gauthier, Pascal Belleau, Jean Morissette, Marie-Hélène Lévesque et Claude Labrie viennent de démontrer que la THG (tétrahydrogestrinone) a la même signature génomique que le plus puissant androgène naturel, la DHT (dihydrotestostérone). "La THG n'est clairement pas un supplément alimentaire", conluent les chercheurs dans un récent numéro du Journal of Endocrinology.

La THG a été identifiée pour la première fois à UCLA en août 2003 à l'aide d'une seringue qu'un entraîneur d'élite avait acheminée, sous le couvert de l'anonymat, à l'Agence antidopage américaine, accompagnée d'une liste d'athlètes soupçonnés d'en faire usage. Cette dénonciation a conduit à une série de perquisitions puis à la mise sur pied d'une commission d'enquête chargée de faire la lumière sur ce scandale qui a éclaboussé la réputation des États-Unis sur la scène sportive mondiale. La liste des athlètes américains soupçonnés d'avoir utilisé la THG comprend notamment les noms des joueurs de baseball Barry Bonds, Jason Giambi et Gary Sheffield, ainsi que ceux des sprinters Marion Jones, Tim Montgomery et Kelli White.

Ces athlètes auraient utilisé la THG pendant plusieurs années sans être inquiétés puisque ce produit a été conçu pour échapper au dépistage; les méthodes d'analyse courante - la chromatographie gazeuse et la spectrographie de masse - altèrent le composé, le rendant ainsi indécelable. C'est la raison pour laquelle ce produit de synthèse n'est apparu qu'à la fin de 2003 sur la liste des substances interdites par l'Agence mondiale antidopage.

Victor Conte, le propriétaire du laboratoire Balco, a longtemps prétendu que la THG et les autres produits qu'il fournissait aux athlètes étaient des suppléments alimentaires. Les travaux de l'équipe du Centre de recherche indiquent clairement que ce n'est pas le cas. Les chercheurs ont injecté de la THG à des souris - dont nous partageons 99 % des 30 000 gènes - et ils ont comparé les effets obtenus à ceux qui sont produits par l'androgène naturel DHT. Les deux composés stimulent conjointement 95 gènes du gastrochnemius - un muscle de la jambe -, 671 gènes du muscle élévateur de l'anus et 939 gènes de la prostate. "Les changements induits dans le profil génomique des tissus sensibles aux androgènes montrent la signature précise et incontestable de l'activité androgénique de la THG utilisée par les athlètes pour améliorer leurs performances", rapportent les chercheurs.

Évidemment, ce stéroïde de synthèse n'a jamais franchi les étapes standards d'évaluation des nouvelles drogues. "On ne connaît presque rien de ses effets biologiques et son profil toxicologique est totalement inconnu, ce qui laisse planer d'importants doutes sur les risques que ce composé pose pour la santé humaine", estiment les auteurs de l'étude.