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12 mai 2005

   

Université Laval

Des effets secondaires de taille

Les risques de diabète et de dyslépidémie associés aux antipsychotiques les plus vendus diffèrent considérablement

par Jean Hamann

Les médicaments de nouvelle génération prescrits aux personnes souffrant de schizophrénie auraient une efficacité comparable contre cette maladie, mais leurs effets secondaires montrent des différences de poids. Jocelyne Moisan, Jean-Pierre Grégoire, Michel Gaudet et Dan Cooper, de la Faculté de pharmacie et de l'Unité de recherche en santé des populations, viennent de démontrer que les risques de diabète et de dyslépidémie sont respectivement 33 % et 49 % plus élevés chez les patients à qui l'on prescrit de l'olanzapine plutôt que de la risperidone. "Considérant que le diabète et la dyslépidémie augmentent les risques de maladies cardiovasculaires, nos résultats soulèvent des questions sur l'innocuité à long terme de l'olanzapine", concluent les chercheurs dans le dernier numéro de Pharmacoepidemiology and Drug Safety.

L'idée de comparer l'effet de ces deux médicaments sur l'incidence du diabète et des problèmes lipidiques a germé dans l'esprit des chercheurs à la suite de l'observation de médecins qui avaient noté que leurs patients traités à l'olanzapine prenaient souvent beaucoup de poids. À l'aide de banques de données de la Régie de l'assurance maladie du Québec, les chercheurs ont évalué dans quelle mesure les ordonnances d'olanzapine et de risperidone, émises de janvier 1997 à septembre 1999 à quelque 19 000 personnes qui ne prenaient pas d'antipsychotiques précédemment, étaient suivies, quelques mois plus tard, par des ordonnances pour des médicaments servant à traiter le diabète ou la dyslépidémie. Ils ont ainsi découvert que, dans les trois années suivant une première ordonnance d'olanzapine, 1,7 % des patients se voyaient prescrire des médicaments pour traiter le diabète contre 1 % pour les patients prenant de la risperidone. Même scénario pour les problèmes lipidiques qui touchaient respectivement 3 % et 1,6 % des patients qui recevaient de l'olanzapine et de la risperidone. "Ce ne sont pas des pourcentages très élevés, admet Jean-Pierre Grégoire, mais notre suivi était de trois ans et d'autres cas se sont probablement ajoutés par la suite." Par contre, le risque relatif s'avère nettement plus élevé chez les patients qui prennent de l'olanzapine, souligne le chercheur. "Je comprends que la réponse individuelle à un médicament peut varier d'un patient à l'autre, mais s'il y avait un schizophrène dans ma famille, je souhaiterais qu'on lui prescrive d'abord de la risperidone."

Le fabricant de l'olanzapine, Eli Lilly, et celui de la risperidone, Janssen-Ortho, se livrent une lutte serrée pour le marché des antipsychotiques. En 2000, la risperidone venait au 53e rang des médicaments les plus prescrits au Canada alors que l'olanzapine suivait au 68e rang. Une méta-étude publiée en septembre 2004 dans la publication Canadian Journal of Psychiatry révélait que les études scientifiques financées par chacun de ces deux fabricants arrivaient presque toujours à des résultats positifs pour leur propre produit (92 % des cas pour l'olanzapine et 88 % des cas pour la risperidone). Les chercheurs de l'Université Laval ne cachent pas que leur étude a été financée par Janssen-Ortho. "La compagnie n'a pas exercé de pressions sur nous, assure toutefois Jean-Pierre Grégoire. D'ailleurs, notre prochain article, qui porte sur un autre aspect de ces médicaments, ne sera pas favorable au produit fabriqué par Janssen-Ortho."