Au fil des événements
 

12 mai 2005

   

Université Laval

Le pouvoir gris

L'université peut-elle devenir un lieu de rapprochement entre les générations?

par Renée Larochelle

Que diriez-vous d'une université où jeunes et aînés assisteraient aux mêmes cours côte à côte, sans aucune discrimination d'âge? C'est l'une des idées qui ont été débattues lors de la 3e édition des Rencontres Champlain-Montaigne qui a eu lieu les 5 et 6 mai au pavillon Alphonse-Desjardins. Organisé cette année sur le thème "Vieillissement, santé et société: défis et perspectives", cet événement d'envergure a été instauré dans la foulée des relations d'amitié et de coopération qu'entretiennent les villes de Québec et de Bordeaux depuis leur jumelage en 1962.

"S'il existe un lieu par excellence pouvant permettre le rapprochement entre les générations, c'est bien l'université", a fait valoir Régis Ritz, professeur émérite à l'Université Bordeaux 3, lors d'une table ronde portant sur la participation des aînés à la vie sociale, économique et familiale. D'autres, comme Jean-Paul Baillargeon, chercheur à l'INRS Urbanisation, Culture et Société, favoriseraient davantage une mise en commun des expertises et des savoirs sur certains sujets ou disciplines, au lieu de cours en bonne et due forme. Mais une chose est certaine: le temps où les aînés s'inscrivaient à l'université pour passer le temps est bel et bien révolu.

"À l'Université du temps libre de Bordeaux, il y a quelques années, les seniors nous ont dit qu'ils en avaient assez d'entendre des communications sur la santé de leurs poumons, de leur coeur ou de leur prostate, a souligné avec humour Régis Ritz. Ils souhaitaient plutôt apprendre d'autres langues, suivre des cours d'histoire de l'art, voyager, en somme ils voulaient tout autre chose que ce que nous leur proposions, dans une volonté de s'ouvrir au monde." Cela étant dit, être aîné de nos jours ne signifie plus la même chose qu'avant, ont convenu les participants. En effet, l'éventail est large, l'âge des aînés pouvant varier de 55 à 80 ans.

Nicole B. Madore, première vice-présidente de la Table de concertation des personnes aînées du Québec, a affirmé pour sa part qu'il existait une tendance marquée au Québec à faire "jouer" les aînés, que ce soit aux cartes, au bingo ou au casino, alors qu'ils pourraient s'impliquer socialement. Au Québec, 80 % du bénévolat est effectué par des personnes de 50 ans et celui-ci peut emprunter plusieurs formes. "Par exemple, a-t-elle indiqué, une personne peut choisir de siéger au conseil d'administration d'une caisse populaire ou d'un hôpital, où son expertise sera grandement appréciée. Les aînés doivent prendre la place qui leur revient et investir les lieux de décision et de pouvoir."

Le poids du nombre
Représentant en quelque sorte la jeune génération de cette table ronde, Vicky Trépanier, avocate, a donné un son de cloche différent sur la place des aînés dans notre société. Y aurait-il danger de "corporatisme" de la part des baby-boomers qui ont mis en place la structure économique, politique et sociale du Québec telle qu'on la connaît aujourd'hui?, s'est-elle interrogée. "De la même façon que les baby-boomers ont rompu avec la génération qui les précédait, une rupture est souhaitable entre les jeunes et moins jeunes, a indiqué l'avocate. À leur tour, les jeunes doivent prendre leur place. Pourquoi parle-t-on tellement de l'importance des soins de santé au Québec au détriment d'autres services comme l'éducation? C'est parce que cela touche les principaux concernés, c'est-à-dire les baby-boomers, qui détiendront toujours le poids du nombre."

Lors de la conférence qui a précédé cette table ronde, Richard Lefrançois, chercheur au Centre de recherche sur le vieillissement de l'Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke, a indiqué de manière plus globale que, dans un monde où l'espérance de vie avait considérablement augmenté, la vieillesse n'était plus ce qu'elle était, se caractérisant par la pluralité des parcours et la diversité des expériences. "Aujourd'hui, l'âge chronologique est trompeur pour décrire la vieillesse, a expliqué Richard Lefrançois. Il y a des gens qui sont vieux à 60 ans et d'autres qui sont encore jeunes à 80. C'est donc l'âge fonctionnel qui devrait être pris en compte, et non l'âge chronologique."