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12 mai 2005

   

Université Laval

Que la Forge soit avec toi!

Entrepreneuriat Laval a contribué au démarrage d'une activité sportive qui fait fureur dans les écoles de Québec

par Pascale Guéricolas

Lorsque Virginie Corbeil voit déferler vers elle et ses coéquipiers une rangée de joueurs, l'épée en mousse à la main, cette étudiante à la maîtrise en administration scolaire ne peut empêcher son coeur de battre plus vite, même si cette scène de bataille lui est familière. Éducatrice dans une école de Québec, elle a mis au point avec deux autres collègues, François Moffet et Éric Dugal, une activité sportive permettant aux enfants de "lâcher leur fou" en toute sécurité. "François s'est impliqué pendant douze ans dans l'activité Donjon et Dragon grandeur nature, explique la jeune femme, et nous avons donc repris quelques éléments de cet univers. Très vite, cependant, nous avons décidé de créer nos propres jeux sans connotation de temps." Les porteurs d'épée peuvent donc tout aussi bien s'imaginer samouraïs que Jedis ou Martiens. Ils ont aussi la possibilité de lutter indifféremment pour s'emparer d'un drapeau, capturer un roi ou toucher le plus d'adversaires possible. L'essentiel demeure de porter la fameuse épée et d'user de stratégie pour l'emporter.

Virginie Corbeil a eu le loisir de mesurer les effets de ce jeu en le pratiquant chaque semaine avec des élèves de l'école Saint-Jean-Baptiste à Québec. "La relation avec l'éducateur se transforme, remarque-t-elle, car à leurs yeux on devient le maître du jeu. Cela permet aussi de renforcer le sentiment d'appartenance au sein du groupe et de changer de leaders naturels." Impliqués dans des situations où il faut délivrer secrètement un joueur ou dérober un trésor, les enfants plus introvertis ou en retrait peuvent en effet voler la vedette à ceux qui sont habituellement en avant. Les filles, souvent moins avantagées aux jeux de ballon, s'illustrent par leur agilité et leurs stratégies. Un peu effrayées au départ par une activité qui leur semblait violente, plusieurs directrices d'écoles visitées par Animation La Forge ont eu la surprise de voir les élèves indisciplinés suivre à la lettre les règles fixées, tout en prenant un plaisir fou à jouer aux épées pendant plusieurs heures.

Un bon coup de pouce
C'est l'équipe d'Entrepreneuriat Laval qui a été la première à croire au projet des trois associés qui pensaient alors uniquement fabriquer des épées et les louer à des joueurs. Cependant, les entrepreneurs ont rapidement réalisé que le respect des règles de jeu s'avérait primordial pour que le matériel ne revienne pas en piteux état. Ils ont alors conçu une trousse d'animation plus étoffée comprenant une douzaine d'activités possibles, des lunettes de protection, des dossards, et formé sept animateurs prêts à aller faire jouer les enfants dans les écoles de la région de Québec.

Parallèlement, il leur a fallu, d'un point de vue administratif, mettre au monde l'entreprise. "J'ai pris toutes les formations proposées par Entrepreneuriat Laval sur la comptabilité, le plan d'affaires et les immatriculations; c'est comme si j'avais fait un profil entrepreneurial, explique Virginie Corbeil. Frédéric Auger, un conseiller, a même passé un samedi après-midi à revoir avec moi le plan d'affaires." Apparemment, ces efforts ont porté fruits puisque la toute jeune entreprise a gagné le premier prix catégorie services pour la région de Québec - accompagné d'une bourse de 800 $ du Centre local d'emplois - lors du Concours québécois en entrepreneuriat en avril dernier.
Depuis quelques mois d'ailleurs, les trois associés commencent à envisager travailler à temps plein dans Animation La Forge et donc à délaisser, du moins pour quelque temps, leur emploi respectif.

Déjà, ils ont réalisé un chiffre d'affaires de 50 000 $ la première année et n'ont contracté aucune dette. Après avoir fait jouer des élèves d'une trentaine d'écoles dans la région de Québec, le trio vise désormais Montréal où un représentant commence à prospecter, puis le Saguenay, l'Outaouais et peut-être même l'étranger. Animation La Forge pourrait aussi bientôt se tourner vers les groupes d'employés en mal d'action pour renforcer leur cohésion ou les particuliers pour les fêtes d'enfants. C'est leur mentor, Bernard Paquet, un communicateur bien connu à Québec, qui les a convaincus qu'"il fallait voir grand pour atteindre un but", comme l'explique Virginie Corbeil. Le succès remporté par une marque comme Kin-Ball leur montre que la croissance d'une activité sportive n'a pas de limites.