Au fil des événements
 

12 mai 2005

   

Université Laval

Vers une culture de l'écoute

Les attentes de la population face à la science seront davantage prises en considération par les organismes subventionnaires québécois

par Jean Hamann

Les résultats d'une vaste consultation publique que mène présentement le Conseil de la science et de la technologie du Québec (CST) pourraient se répercuter sur les programmes de subventions du Fonds québécois de recherche sur la nature et la technologie (FQRNT), ainsi que sur les programmes des autres organismes subventionnaires québécois. Voilà en substance ce qui se dégage des propos tenus par la présidente du CST, Hélène P. Tremblay, et par la présidente du FQRNT, Sylvie Dillard, lors du dernier Midi rencontre de la Chaire de recherche CRSNG-Alcan sur les femmes en sciences et génie, présenté récemment sur le campus.

Le projet Perspectives STS (sciences et technologies au service de la société), mis en chantier en 2004 par le CST, vise à rapprocher la société québécoise et la science. "On veut établir un dialogue dans les deux sens, explique Hélène P. Tremblay. La société doit maîtriser davantage les connaissances et les méthodes propres à la science, et les chercheurs doivent se mettre davantage en mode écoute par rapport aux préoccupations de la société."

Pour lancer son projet, le CST a sondé, en février 2004, 1 600 personnes sur les grands changements qui pourraient toucher la société québécoise au cours des 20 prochaines années. Les résultats de cette enquête ont été remis à 100 personnalités québécoises provenant de différents horizons, qui avaient été invitées à participer à un atelier de prospective tenu en octobre dernier et dont le but était de déterminer les 40 grands défis socioéconomiques du Québec pour les 20 prochaines années.

Récemment, le CST a sondé 1 300 chercheurs qui devaient hiérarchiser ces défis et pointer ceux qui pourraient profiter d'une contribution importante de la recherche. "Nous avons aussi considéré l'offre de la recherche (les domaines dans lesquels les chercheurs oeuvrent déjà) parce qu'il y a peu de gens dans la population qui donnent priorité à des secteurs comme les nanotechnologies ou l'astrophysique", admet la présidente du Conseil. Sans surprise, la santé et l'environnement dominent la liste établie à la suite de la consultation populaire. "Le projet STS sera complété à la fin mai et nous avons garanti l'utilité de la démarche à toutes les personnes qui ont participé aux consultations", précise Hélène P. Tremblay.

Dans la planification stratégique
Le FQRNT suit avec intérêt l'opération Perspectives STS. "Il est certain que les conclusions de ce projet vont constituer un important input dans notre planification stratégique", a déclaré Sylvie Dillard. Selon la présidente du FQRNT, la recherche coûte cher et la société a des attentes grandissantes concernant la contribution de la science à la croissance économique et au bien-être.

C'est pourquoi le modèle de la recherche des années 1980 - un professeur et quelques étudiants-chercheurs réunis dans un laboratoire pour étudier une thématique commune - est en perte de vitesse. "Nous assistons à l'émergence de la recherche multidisciplinaire et multi-institutionnelle, qui favorise le regroupement d'équipes, le partage d'équipement et l'implication accrue des utilisateurs des résultats de la recherche dès le départ. On parle de plus en plus de valorisation de la recherche et plus uniquement de publication d'articles scientifiques."

Tout cela exige une transformation de la culture universitaire que tous n'accueillent pas avec un égal bonheur, reconnaît Sylvie Dillard. "L'autonomie du chercheur n'est pas remise en cause, insiste-t-elle, mais elle doit maintenant s'accompagner d'une nécessaire écoute de la population. Le chercheur doit se montrer plus sensible aux besoins de la société."