Au fil des événements
 

12 mai 2005

   

Université Laval

Carpe diem

En période de changement il faut vivre et, surtout, lâcher prise

par Renée Larochelle

"Saisis l'instant". "Vis le moment présent". "Ne te contente pas de regarder le train passer, mais saute dedans". Même si on connaît la chanson de ces invitations pressantes à profiter intensément de l'existence sans se laisser distraire par la petite musique de la pensée qui tue, l'entendre dire lors d'une conférence bien ficelée prononcée par un communicateur de la trempe de Serge Marquis, médecin consultant spécialisé dans la santé des organisations, agit comme un verre d'eau froide gentiment jeté à la figure. "Réveillez-vous!", résumerait l'autre. Serge Marquis, lui, nous invite à ne rien manquer du spectacle de la vie: "Don't miss the show", dit-il. À en juger par la mine réjouie des gens qui sortaient de la salle Hydro-Québec du pavillon Alphonse-Desjardins où a eu lieu le 2 mai cette conférence organisée par le Comité sur la santé psychologique du personnel de l'Université Laval, l'homme a frappé dans le mille.

"Quand on a le goût d'accélérer, c'est le moment où jamais de s'arrêter une minute pour réfléchir, soutient Serge Marquis. Et le médecin d'expliquer une pratique ayant cours en Malaisie afin d'attirer les singes et qui consiste à couper une noix de coco en deux, à la vider de son liquide et à y déposer quelques grains de riz avant de la refermer. Alléché par ces fruits suspendus aux arbres et aux clôtures, le singe plonge la main dans la noix de coco pour s'emparer du riz. Piégé par la noix de coco qui se referme, il se met à gémir et à crier, alors qu'il serait si simple de laisser le riz, de retirer sa main et d'ainsi échapper aux chasseurs. "Aujourd'hui, on veut tout faire, tout avoir, tout savoir tout de suite, dit Serge Marquis. On a de la difficulté à laisser aller le riz, en d'autres mots à lâcher prise. D'ailleurs, une grande partie de la souffrance humaine est inutile. On se l'inflige à soi-même en résistant à ce qui est. Et pour bien vivre le changement ou tout simplement pour changer, il est essentiel de lâcher prise."

La partie vivante
Des rêves de jeunesse jamais réalisés aux rendez-vous ratés, du nouvel emploi dont on attendait tant au petit chien qui meurt dans nos bras, de tous les achats qui n'ont rien assouvi à la perte graduelle de la vue, de l'énergie sexuelle ou de la mémoire, la vie est parsemée de changements et de deuils en quelque sorte imposés. Puisqu'il n'existe aucune certitude dans la vie, à part le fait que tout est changement, le mieux est de faire appel aux ressources qui nous ont permis de passer à travers certaines épreuves quand on voit qu'on est dans un cul-de-sac, conseille Serge Marquis. "En période de changement, il faut centrer son attention sur l'instant présent et se demander à quel type de problème on a affaire, là, maintenant. Après avoir fait l'inventaire des possibilités d'actions, il est plus facile de lâcher prise." Et le conférencier de raconter un souvenir qui l'a profondément marqué. Un de ses amis s'étant trouvé presque complètement paralysé à la suite d'un grave accident de voiture, son médecin lui a donné le conseil suivant: "Ramène constamment ton attention sur les régions de ton corps qui sont encore vivantes. Vis ta vie. Surtout, ne manque pas le spectacle."