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28 avril 2005

   

Université Laval

Les limites de l'énergie "propre"

Selon le géologue Pierre-André Bourque, le Québec n'a d'autre choix que de continuer à recourir de façon importante au pétrole et au gaz naturel

par Yvon Larose

"Il est peu probable que l'on réussisse, dans les 50 prochaines années au Québec, à remplacer le pétrole et le gaz naturel comme sources d'énergie, affirme Pierre-André Bourque, professeur associé au Département de géologie et de génie géologique. Par ailleurs, si l'on veut diminuer nos sources de CO2, on devrait sérieusement penser à utiliser davantage le gaz naturel. Les Européens le font avec d'excellents résultats. Le gaz naturel rejette 40 % moins de CO2 dans l'atmosphère que le pétrole. Il représente une solution acceptable, efficace et compatible avec la notion de développement durable."

Pierre-André Bourque a livré ce message le vendredi 22 avril au pavillon Alphonse-Desjardins, dans le cadre du 1er Forum des sciences de la Terre et de l'environnement. Son exposé s'intitulait "Géosciences et opinion publique: les hydrocarbures au banc des accusés?". Il a remis les pendules à l'heure en ce qui concerne une perception répandue voulant que, grâce à la technologie moderne, on puisse se débarrasser à relativement court terme des hydrocarbures, lesquels sont perçus comme de dangereux polluants contribuant à l'effet de serre. Selon lui, le pétrole et le gaz naturel ne pourraient être remplacés par des énergies dites "propres" ou "vertes". "Il faudrait regarder ça d'un oeil différent, a-t-il expliqué. D'abord, les hydrocarbures répondent actuellement à 51 % de la demande en énergie au Québec, contre 38 % pour l'électricité. Et ce n'est pas l'énergie éolienne qui va résoudre le problème. En 2004, ce type d'énergie répondait à moins de un pour cent des besoins. En 2012, on prévoit que ce sera moins de quatre pour cent de la demande énergétique. Nous sommes donc coincés pour continuer à utiliser les hydrocarbures."

Un potentiel très prometteur
Les géoscientifiques croient que l'axe du Saint-Laurent offre un potentiel très prometteur en hydrocarbures. Dans les années 1980, des recherches avaient conclu en l'inexistence d'un tel potentiel. Mais de nouvelles technologies et la mise au point de nouveaux concepts d'exploration ont permis de rétablir les faits. Les travaux d'exploration menés ces années-ci par de petits consortiums ont permis de vérifier le potentiel général de cinq bassins sédimentaires susceptibles de contenir des hydrocarbures. Quatre d'entre eux sont situés dans l'Est du Québec. Le consortium qui regroupait notamment l'INRS-ETE et la Commission géologique du Canada a pu identifier la présence de gaz naturel dans le bassin de l'Estuaire. "En 2003-2004, a rappelé Pierre-André Bourque, les relevés sismiques ont montré la présence d'un grand volume de gaz dans ce bassin. Des sites seraient prêts à être forés. Même chose dans le bassin de Madeleine où l'on estime que les réserves de gaz pourraient alimenter le Québec pendant une vingtaine d'années."

Selon Pierre-André Bourque, l'exploitation de champs pétrolifères et gaziers au Québec contribuerait à augmenter la richesse collective, tout en permettant de sécuriser les approvisionnements. "Au Québec, a-t-il expliqué, le pétrole représente les trois quarts des besoins en hydrocarbures. Ces approvisionnements viennent du Royaume-Uni, du Mexique, de l'Algérie et de la Norvège. Or, les réserves de pétrole mondiales devraient plafonner vers 2012 pour ensuite décroître. Quant à nos approvisionnements en gaz naturel, ils proviennent de l'Alberta. Mais d'ici 2010, on prévoit que cette province ne pourra plus suffire à la demande." En 2003, le gouvernement d'Alberta a perçu 7,7 milliards de dollars en droits et redevances de la part de l'industrie pétrolière. Cette année-là, près de 18 000 puits ont été forés dans cette province. Et 19,3 milliards ont été investis dans l'exploration. À Terre-Neuve et en Nouvelle-Écosse, les activités d'exploration ont entraîné à ce jour des investissements de 22 milliards de dollars de la part des grandes sociétés pétrolières.