Au fil des événements
 

28 avril 2005

   

Université Laval

Des perceptions à renverser

L'exploitation de gisements miniers est-elle compatible avec le développement durable?

par Jean Hamann

Pas facile de conjuguer développement durable et exploitation des ressources minérales! En effet, sans doute en raison de l'histoire récente du Québec, on associe spontanément mines avec pollution, désolation et même fermetures de villes entières. Mais, pour prouver que les choses peuvent changer, des représentants du milieu géoscientifique de la région de Québec, parmi lesquels figurent le Département de géologie et de génie géologique, le Département de géographie et le Centre d'études nordiques, ont présenté, le 22 avril à l'occasion du Jour de la Terre, le 1er Forum des sciences de la Terre et de l'environnement.

Dans le cadre de cette journée, les organisateurs avaient convié un groupe d'experts à une table ronde qui avait pour thème "Ressources et environnement dans le corridor du Saint-Laurent". Jacques Locat, du Département de géologie et de génie géologique, a lancé le débat en déclarant qu' "au Québec, on est très frileux dès qu'il est question d'exploitation des ressources naturelles". Depuis deux décennies, explique-t-il, ce secteur est toujours au banc des accusés, même s'il constitue une base importante de notre économie. "Nous sommes restés avec les images d'entreprises irresponsables d'il y a quelques décennies alors que ce n'est plus le cas. Les entreprises minières sont même tenues, dès le début de l'exploitation d'un gisement, de mettre sur pied un fonds de restauration du site. Il va falloir exploiter les ressources de façon très responsable si on veut changer les images du passé."

Jean-François Doyon, de l'Association minière du Québec, constate qu'il est très difficile de renverser des perceptions lorsqu'elles sont bien ancrées dans la population. "Les gens n'ont pas l'information requise pour faire la part des choses, croit-il. Peu de personnes savent qu'il y a moins de 40 mines en exploitation au Québec et que la surface touchée par leurs activités couvre seulement l'équivalent du tiers de la superficie de l'île de Montréal."

Jean-Yves Lavoie, président de la compagnie québécoise d'exploration pétrolière et gazière Junex, estime lui aussi que les gens sont bien mal renseignés. "La moitié de mon travail consiste à corriger de fausses perceptions par rapport à nos ressources. La première perception que je dois corriger est celle qui veut qu'il n'y ait pas des ressources pétrolières et gazières sur le territoire québécois. Nous avons la culture de l'hydroélectricité, mais considérant le fait que le Québec est loin de s'autosuffire sur le plan énergétique, c'est clair qu'il faut continuer à chercher d'autres ressources, la question ne se pose même pas."

L'exploitation des ressources dans le corridor du Saint-Laurent éveille invariablement le spectre de la pollution de notre principale réserve d'eau potable. "Au Québec, le problème n'est pas la quantité d'eau, mais sa qualité", a fait valoir Frédéric Lasserre, du Département de géographie. Depuis 20 ans, il y a eu une nette amélioration du côté de la pollution industrielle, juge ce spécialiste de l'eau. Aujourd'hui, le fleuve souffre surtout de pollution diffuse d'origine agricole. Même le spectre du réchauffement climatique ne change pas la donne. "Le Québec n'est pas le Mid-West américain, rappelle-t-il. On ne manquera pas d'eau, mais les problèmes de qualité de l'eau risquent cependant de s'accentuer." Ainsi, le front salin du fleuve, présentement situé à la hauteur de l'Ile d'Orléans, pourrait éventuellement dépasser Québec, ce qui rendrait inutilisables les prises d'eau potable de Sainte-Foy.

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Même si la méconnaissance du public face aux enjeux reliés aux sciences de la Terre fait l'unanimité, les géoscientifiques tardent à combler ce vide. "Par exemple, il y a peu de spécialistes des sciences de la Terre qui se présentent devant le Bureau des audiences publiques sur l'environnement, déplore Jacques Locat. À un moment donné, il faut dépasser le seuil de l'objectivité et il faut oser se commettre comme scientifique."

En cette Journée de la Terre, Martine Savard, de la Commission géologique du Canada, a osé se commettre devant cette assemblée qui comptait de nombreux participants favorables à l'exploitation des hydrocarbures. "Chaque année au Canada, 5 000 personnes meurent prématurément en raison de la pollution de l'air causée par la combustion des hydrocarbures fossiles, a-t-elle rappelé. Si on continue d'utiliser les hydrocarbures comme on le fait maintenant et si les Chinois nous imitent, on va souffrir. Je crois qu'il est temps d'ouvrir la porte aux énergies alternatives."