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28 avril 2005

   

Université Laval

Pièges à CO2

Les résidus des mines d'amiante pourraient servir à lutter contre le réchauffement climatique

par Jean Hamann

Les parcs à résidus miniers du Sud du Québec auraient séquestré naturellement près de 1,8 million de tonnes de dioxyde de carbone (CO2) atmosphérique depuis un siècle. Et ce chiffre ne représente qu'une toute petite fraction du potentiel total de séquestration offert par cette filière, estime Rémi Fiola, étudiant au Département de géologie et de génie géologique, au terme d'une étude qu'il a menée sous la supervision des professeurs Georges Beaudoin et Donna Kirkwood.
Depuis quelques années, le professeur Beaudoin milite en faveur de la séquestration du carbone comme complément à la diminution des émissions de CO2 et à la réduction de la consommation d'énergie dans la poursuite des objectifs du protocole de Kyoto. Au Québec, cette troisième voie pourrait passer par les résidus de l'exploitation du chrysotile (amiante). En effet, le magnésium contenu dans ces résidus réagit naturellement avec le CO2 atmosphérique pour former un minerai appelé hydromagnésite, dans lequel le CO2 est immobilisé à perpétuité. Cette réaction permettrait de réduire la quantité de CO2 dans l'atmosphère tout en réglant le cas des résidus miniers qui déparent le paysage des régions de l'Amiante et de l'Estrie.

Georges Beaudoin a plaidé en faveur du développement de cette filière dans le mémoire qu'il a présenté, en 2003, devant la Commission des transports et de l'environnement du Québec, et, il y a quelques mois à peine, dans un article publié dans les pages de Geoscience Canada. Mais encore fallait-il préciser le potentiel total de ce puits de CO2, tâche à laquelle s'est attaqué Rémi Fiola, dans le cadre de son mémoire de fin d'études. À l'aide de photos aériennes et de logiciels de modélisation tridimensionnelle de surfaces complexes, l'étudiant a estimé que l'ensemble des dépôts occupait une superficie de 22,5 kilomètres carrés. En estimant l'épaisseur des résidus miniers où la réaction entre le magnésium et le CO2 est possible ainsi que la concentration en carbone inorganique dans ces résidus, il a établi que 1,78 million de tonnes de CO2 avaient été séquestrées depuis l'ouverture de la première mine de cette région il y a plus d'un siècle. Ce chiffre représenterait moins de 1 % du potentiel total de séquestration des résidus des mines de chrysotile puisque seuls les résidus situés en surface réagissent avec le CO2 atmosphérique.

"Ceci démontre que la séquestration du CO2 se produit naturellement dans les parcs à résidus des mines de chrysotile, et ce même dans des conditions qui sont loin d'être idéales, souligne Georges Beaudoin. Ces résidus offrent donc une voie intéressante pour procéder à la séquestration passive du CO2 émis par des sources non ponctuelles, comme la pollution automobile par exemple." Selon le chercheur, il faudrait identifier les conditions physiques et biologiques - il soupçonne que la réaction est catalysée par une bactérie - qui optimisent le procédé. Il s'agirait par la suite d'exposer les résidus des mines de chrysotile aux gaz atmosphériques pour favoriser la captation du CO2. Les résidus pourraient ensuite être retournés dans les fosses abandonnées, réglant du coup les problèmes de pollution visuelle engendrés par les montagnes de résidus et par les fosses.

Cette bonne idée sera-t-elle un jour mise en pratique? Difficile à dire pour le moment puisque son sort ne repose ni sur sa faisabilité technique, ni sur son utilité sociale, mais essentiellement sur sa rentabilité économique. "Tout va dépendre de la valeur à laquelle se transigera la tonne de carbone sur le marché international", souligne Georges Beaudoin. D'ici à ce que cette valeur soit arrêtée, le chercheur poursuit ses travaux, convaincu de la pertinence de cette approche. "Cette filière est la seule forme de séquestration permanente du carbone qui s'offre dans le contexte québécois, dit-il. Le Québec dispose d'une opportunité unique d'utiliser cette méthode pour séquestrer du carbone et pour valoriser les parcs à résidus miniers du Sud du Québec, tout en améliorant grandement l'économie des régions."