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14 avril 2005

   

Université Laval

Qui ne dort pas grossit?

Le manque de sommeil est associé au surplus de poids

par Jean Hamann

Qui dort dîne, veut le proverbe. Et qui ne dort pas grossit, pourraient ajouter des spécialistes de l'obésité de l'Université Laval à la lumière d'une récente étude liant le sommeil et l'embonpoint. Après avoir mis en relation certaines caractéristiques physiques et les habitudes de sommeil de plus de 700 personnes, ces chercheurs arrivent à la conclusion qu'il existe une durée optimale de repos - environ 8 heures par nuit - qui facilite la régulation du poids. Les écarts par rapport à cet optimum sont associés à une prise de poids, plus marquée pour un manque de sommeil que pour un excès.

Les chercheurs Jean-Philippe Chaput, Angelo Tremblay et Jean-Pierre Després, du Département de médecine sociale et préventive, et leur collègue Claude Bouchard, du Pennington Biomedical Research Center, ont eu l'idée de se pencher sur cette question en raison de la concordance entre deux phénomènes qui sévissent depuis quelques décennies: la progression de l'obésité et le raccourcissement des nuits de sommeil. Entre 1960 et 2000, alors que la prévalence de l'obésité doublait, la nuit de sommeil moyenne perdait entre 1 et 2 heures. Pendant la même période, la proportion de jeunes adultes qui dorment moins de 7 heures par nuit est passée de 16 à 37 %. Cette carence en sommeil contribue-t-elle à l'épidémie d'obésité qui s'abat sur l'Amérique? Le manque de sommeil aurait-il une influence hormonale sur le métabolisme et sur l'appétit?

Pour en avoir le coeur net, les chercheurs ont fait passer une batterie de tests à 323 hommes et 417 femmes et ils ont tenté d'établir des corrélations entre leurs paramètres physiques et physiologiques et leurs habitudes de sommeil. Cet exercice leur a permis de découvrir que moins les sujets dorment et plus leur adiposité est élevée. Ainsi, les hommes et les femmes qui dorment cinq heures par nuit montrent des taux d'adiposité respectivement 40 % et 25 % plus élevés que les sujets de sexe correspondant qui en dorment huit.


Par ailleurs, les chercheurs ont observé que les sujets qui dorment moins présentent des taux de leptine plus faibles. Cette hormone, secrétée par le tissu adipeux, stimule la dépense énergétique et diminue la faim. "La leptine semble impliquer dans une séquence d'événements que nous ne comprenons pas encore très bien. Ce que l'on sait par contre est qu'on a des taux de leptine plus faibles lorsqu'on manque de sommeil", résume Angelo Tremblay.

Par des voies encore obscures, le sommeil exercerait donc une influence occulte sur la régulation du poids. Inciter les personnes qui ont un surplus de poids à dormir davantage peut-il les aider à perdre des kilos excédentaires? Le professeur Tremblay émet des réserves. Selon lui, on retrouve deux types de personnes qui souffrent de déficit de sommeil: celles dont la charge de travail et les obligations sont telles qu'elles rognent sur leurs heures de sommeil, et celles qui sont tellement stressées qu'elles ne trouvent pas le sommeil. "Ce serait assez difficile d'inciter les gens à dormir plus, croit-il. J'ai l'impression qu'il faudrait plutôt leur recommander de diminuer leur stress de façon à mieux profiter de leur temps de sommeil."

Quant à savoir pourquoi dormir beaucoup semble aussi favoriser la prise de poids, Angelo Tremblay subodore qu'il s'agit là d'une autre problématique. "Peut-être s'agit-il de sujets moins vigoureux qui ont besoin de dormir plus que la moyenne pour retrouver leurs forces, propose-t-il. Le lien entre le sommeil et la régulation du poids est une jeune problématique de recherche, de sorte que beaucoup de questions sont encore sans réponses. Mais il semble y avoir quelque chose de prometteur de ce côté."