Au fil des événements
 

14 avril 2005

   

Université Laval

Dans la peau des réfugiés

Une quarantaine d'étudiantes et d'étudiants ont participé, durant 24 heures, à la simulation d'un camp de réfugiés sur le campus

par Yvon Larose

L'attente, l'inconnu, le sentiment d'impuissance, la peur, la violence morale et la perte de dignité, voilà ce qu'ont vécu et ressenti une quarantaine d'étudiantes et d'étudiants qui participaient bénévolement à une reconstitution de camp de réfugiés, les 8 et 9 avril, sur le campus. Cette activité de 24 heures, une première au Canada, se voulait l'élément central d'un événement de sensibilisation de trois jours présenté par la délégation Droits et démocratie de l'Université Laval et intitulé "Sur la piste des réfugiés". Pour l'occasion, un camp de réfugiés, inspiré d'un document de la Croix-Rouge, avait été aménagé sur l'avenue des Sciences humaines, entre les pavillons Alphonse-Desjardins et Jean-Charles-Bonenfant. Les participants ont pu vivre le quotidien des réfugiés après avoir été pris en charge par des représentants de la Croix-Rouge, du Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) et de Médecins du monde. Les Forces armées canadiennes avaient apporté leur concours en érigeant une demi-douzaine de tentes. Un périmètre de sécurité avait été établi, notamment pour faire vivre le sentiment d'enfermement qui caractérise ce type d'endroit.

Le scénario allait comme suit. Des citoyens de la république fictive du Kadjarih se sont enfuis de leur pays déchiré par une guerre civile. Leur exil les conduit dans un pays voisin où ils sont pris en charge par les ONG nommées plus haut dans un camp qu'elles ont aménagé. "Les réfugiés ont ressenti une perte de dignité en traversant le boisé qui représentait le périmètre consacré à l'exil, explique Delphine Soétart, étudiante à la maîtrise en études internationales et coordonnatrice de l'événement. D'autres étudiants bénévoles, une vingtaine au total, jouaient le rôle soit de soldats du Kadjarih, de rebelles ou de contrebandiers qui pouvaient soit aider, soit nuire aux réfugiés. La violence était davantage dans le regard et la posture que dans le geste. Elle était morale et verbale. C'était de l'intimidation."

Une fois au camp, les réfugiés se sont enregistrés et ont reçu des couvertures et de la nourriture. Ils se sont installés et se sont fait à manger. Ensuite, ils n'ont rien fait d'autre qu'attendre. La nuit venue, ils se sont fait surprendre dans leur sommeil par la milice du Kadjarih venue chercher deux rebelles considérés comme des traîtres et qui s'étaient cachés parmi eux. Au matin, une réfugiée, qui allait chercher de l'eau pour préparer le repas, est entrée accidentellement dans un champ de mines antipersonnel et a été blessée. L'activité a pris fin avec le retour des réfugiés dans leur pays. Ce retour était organisé par le HCR, après l'annonce d'un cessez-le-feu au Kadjarih et d'accords de paix en cours. Ensuite, quelque 200 personnes ont pu faire une visite guidée du camp.

Pour comprendre les enjeux
L'événement "Sur la piste des réfugiés" est né d'une initiative étudiante. Il a nécessité une année de préparation pour Pauline Boinot, Isabelle Jetté, Pascale Labbé, Mireille Ouellet, Myriam Paquette-Côté et Delphine Soétart, toutes des étudiantes à la maîtrise en relations internationales. Le but de l'exercice consistait à faire comprendre au grand public les enjeux qui, l'an dernier, ont concerné plus de 40 millions de réfugiés et de personnes déplacées de par le monde. Toutes ces personnes avaient en commun le fait d'avoir dû quitter leur milieu de vie normal parce que leur intégrité physique et psychologique était menacée. En 2004, environ 25 000 réfugiés ont élu domicile au Canada. Dans l'avant-midi du vendredi 8 avril, quelques personnes, vivant maintenant au Canada, ont témoigné de leur expérience de réfugiées au Grand Salon du pavillon Maurice-Pollack. "Ces personnes étaient originaires du Burundi, du Cambodge et du Congo, indique Delphine Soétart. De nombreux participants à la simulation étaient présents. Ils ont commencé à entrer dans leur rôle à ce moment-là."

La plupart des activités se sont tenues à l'Agora du pavillon Alphonse-Desjardins. Pendant trois jours, un forum d'information a permis d'en apprendre davantage sur, entre autres, le droit international humanitaire et la gestion des camps de réfugiés. La Croix-Rouge canadienne, le HCR et Médecins du monde occupaient chacun un stand. Une exposition de photos était consacrée aux enfants vivant dans des camps de réfugiés palestiniens au Liban. Une conférence, une pièce de théâtre et deux tables rondes étaient également au programme. Les tables rondes portaient sur la réponse humanitaire face aux personnes réfugiées, et sur les métiers des travailleurs humanitaires, bénévoles et professionnels.