Au fil des événements
 

14 avril 2005

   

Université Laval

L'effet papillon

Les oeuvres de la sculpteure Helga Schlitter percent neige chaque année en avril

par Pascale Guéricolas

Un immense papillon coloré s'est posé devant l'Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels (INAF) de l'Université Laval. Il accueille les visiteurs à l'entrée de ce bâtiment situé à l'intersection du boulevard Hochelaga et de l'autoroute Du Vallon, tel le symbole d'un passeur de vie et de pollen dans la longue chaîne de la production alimentaire. Fait d'aluminium, ce lépidoptère baptisé "Force et fragilité" exhibe fièrement ses trois ailes, dont une entièrement ajourée. "Cela donne davantage d'équilibre et un aspect magique qui me plaît bien, explique sa conceptrice, Helga Schlitter. En plus, la forme rappelle celle du papillon incrusté dans le sol qui nous guide vers le jardin intérieur à l'intérieur de l'édifice."

Blotti au cur du pavillon, cet espace ouvert abrite en effet des arbres en métal d'environ quatre mètres, fabriqués par la même artiste, qui se mêlent aux féviers à feuilles jaunes plantés dans un aménagement paysager qui comprendra peut-être un jour d'autres graminées si le plan initial se réalise. Chaque sculpture possède une couleur différente. La première, de teinte vert cuivré, se compose d'un rectangle d'aluminium surmonté d'un bouquet de tiges comme le blé ondulant sous la brise d'été. La deuxième évoque plutôt l'estragon avec ses feuilles cuivrées et la troisième, enfin, exhibant plusieurs feuilles mauves, rappelle le laurier, les fines herbes, la nourriture bien assaisonnée et le plaisir gustatif. Ces arbres de métal aux couleurs chatoyantes constituent un peu la marque de commerce d'Helga Schlitter dont on peut admirer les oeuvres devant plusieurs bâtiments de Québec, qu'il s'agisse de la fleur géante devant la nouvelle bibliothèque de Sillery ou des éclats de couleurs sur la façade de l'église Saint-Esprit de Limoilou où loge l'École de cirque.

La couleur dans le cur
Installée depuis plus d'une vingtaine d'années à Québec, cette artiste originaire du Mexique participe souvent aux concours publics visant à accorder 1 % du budget de la construction ou de l'agrandissement d'un édifice à la réalisation d'une oeuvre d'art. D'ailleurs, cela ne lui déplaît pas de contribuer à colorer un environnement qu'elle considère un peu terne comparé à celui de sa patrie d'origine. "La couleur que l'on trouve dans les sites aztèques, comme celui de Teotihuacan, m'inspire beaucoup, explique-t-elle. Lorsque j'étais enfant, nous allions pique-niquer avec l'école dans le temple de l'oiseau-papillon et nous ramassions des pointes de flèche qui traînaient là, sans connaître évidemment leur valeur." Dans son atelier du quartier Saint-Roch, elle consulte fréquemment des livres et des revues sur les civilisations qui ont marqué les derniers millénaires du Mexique ou se réfère aux souvenirs de ses récents voyages.

Ainsi, à l'occasion d'un séjour dans une école d'art de Barcelone, en Catalogne, elle a appris à travailler le verre pour réaliser des mosaïques bigarrées à la manière du célèbre sculpteur Gaudi. "Il a complètement révolutionné cet art en intégrant toutes sortes de matériaux aux mosaïques, comme des assiettes, des morceaux de pots." Lorsqu'elle produit pour elle-même, Helga Schlitter crée d'immenses serpents, des fleurs, des palmiers multicolores faits de verre collé sur un support en bois. Des oeuvres qui, malheureusement, ne pourraient supporter une installation extérieure étant donné la rigueur de nos hivers. Ce sont d'ailleurs ces conditions climatiques particulières qui ont poussé l'artiste à opter pour l'aluminium pour le papillon et les arbres installés à l'INAF. Apparemment, leurs couleurs peuvent résister à n'importe quelle tempête pendant plusieurs décennies, voire plus longtemps encore!