Au fil des événements
 

14 avril 2005

   

Université Laval

Jeunes et allumés

Des étudiants membres des principaux partis politiques québécois ont débattu les grandes questions de l'heure

par Yvon Larose

Le gel des frais de scolarité est-il la cause du sous-financement des universités? Cette question bien d'actualité a donné le coup d'envoi au débat organisé par la CADEUL, le jeudi 7 avril, au Grand Salon du pavillon Maurice-Pollack. Le débat réunissait cinq étudiants de l'Université représentant les principaux partis politiques du Québec. Rappelons que les frais de scolarité universitaires sont gelés depuis 1994 au Québec et que le réseau universitaire accuse un manque à gagner annuel de 375 millions de dollars pour rejoindre le niveau de financement universitaire des autres provinces canadiennes. Pour Sacha Calixte, étudiant à la maîtrise en philosophie et membre de l'Union des forces progressistes du Québec, la réponse à la question est non. "Le sous-financement, a-t-il expliqué, est dû aux milliards de dollars de coupures effectuées dans la seconde moitié des années 1990 par le gouvernement péquiste. La solution passe par un réinvestissement massif qui découle d'une fiscalité plus progressiste consistant à augmenter les impôts sur les compagnies et sur le capital."

Selon François Martin, étudiant au baccalauréat en administration et vice-président de la Commission des jeunes de l'Action démocratique du Québec (ADQ), la solution au sous-financement se trouve dans l'élimination des paradis fiscaux. Pour Claude Villeneuve, étudiant au baccalauréat en droit et président du Conseil national des jeunes du Parti québécois, il faut plutôt regarder du côté d'une meilleure redistribution de la richesse. "D'autant plus, ajoute-t-il, que l'augmentation de la fiscalité d'une entreprise entraîne nécessairement des pertes d'emplois, donc encore moins de gens payent de l'impôt." Pour sa part, Simon Bégin, étudiant au bac en droit et président de la Commission jeunesse du Parti libéral du Québec (PLQ), croit que le gouvernement, les diplômés et les étudiants devraient contribuer davantage à la solution du problème. "Les étudiants universitaires diplômés gagnent en moyenne 27 % de plus que les autres catégories de diplômés, dit-il. Il est donc raisonnable qu'on leur demande de contribuer un peu plus qu'actuellement. Mais sans leur demander de financer leurs études à 100 %. Il faut trouver un équilibre entre le financement public et celui des étudiants."

Dette publique et population vieillissante
Tous les participants au débat s'accordent à dire que l'avenir de la société québécoise s'annonce sombre en raison de l'énorme dette publique du Québec et à cause du vieillissement de la population. "La dette publique atteint déjà 114 milliards et il n'y aura plus, dans 20 ans, que deux travailleurs pour un retraité, a indiqué François Martin. Il faut donc commencer dès maintenant à rembourser la dette pour que nous soyons capables dans l'avenir de financer des systèmes de santé et d'éducation accessibles." Simon Bégin entrevoit, quant à lui, un grave problème d'équité entre les générations. "Savez-vous que les étudiants d'aujourd'hui devront payer jusqu'à 150 % de la valeur de la rente qu'ils vont recevoir à leur retraite, soit deux ou trois fois la valeur de la rente que leurs parents auront payée?", a-t-il demandé. Selon lui, il faut se pencher dès maintenant sur la manière de mieux gérer l'État afin de planifier à long terme le financement du réseau de santé. Augmenter le nombre d'immigrants, aider financièrement les couples qui veulent avoir des enfants et offrir des congés parentaux plus généreux seraient des pistes de solution à envisager pour atténuer le choc démographique à venir.

Autre consensus: le Québec n'a d'autre choix que de prendre le virage écologique en matière d'énergie, notamment en développant des réseaux de transport en commun performants. "Atteindre les objectifs visés par le protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre passe obligatoirement par une volonté gouvernementale, a affirmé Julie Sanscartier, étudiante au baccalauréat intégré en études internationales et langues modernes et représentante du Parti vert du Québec. Les causes environnementales doivent passer en premier sur l'agenda des politiciens parce que, si on ne fait rien, la Terre sera une poubelle dans 20 ans. Le récent Rapport du millénaire de l'ONU révèle que 60 % des écosystèmes de la planète sont déjà contaminés." Dans ce dossier, l'ADQ y va d'une proposition audacieuse: implanter un réseau d'éoliennes le long des lignes de transport d'électricité. Du côté du PLQ, Simon Bégin a d'abord rappelé le leadership du Québec dans la ratification, par le Canada, du protocole de Kyoto. "Le gouvernement prépare une stratégie québécoise sur les changements climatiques, a-t-il ajouté. Il y a quelques mois, les environnementalistes ont salué le Plan de développement durable du Québec, disant que c'était un premier pas dans la bonne direction."