Au fil des événements
 

7 avril 2005

   

Université Laval

L'empreinte du vivant

La Galerie des arts visuels rend hommage à René Taillefer

Enfant, René Taillefer habitait non loin de la rivière Mille-Iles, puis il vécu à portée de vue du fleuve dans le Vieux-Québec, ensuite près du Lac Saint-Jean, et aujourd'hui il coule des jours heureux à l'Ile d'Orléans. Cet environnement aquatique marque sans conteste ses sculptures. D'abord ces grandes formes en bois faites de planches assemblées comme autant de rappels des coques des navires couchées sur la grève. L'artiste a longtemps rêvé d'en faire des blocs pleins, avant de se résoudre à les fabriquer en boîtes vides en usant d'un stratagème. Les plans droits suggèrent un espace vide, tandis que les courbes laissent penser que la sculpture constitue un volume plein. Au mur, ces lamelles de bois qui jaillissent d'une pièce massive évoquent aussi l'empreinte de la nature et de l'eau. Elles ressemblent aux branches de ces arbres solitaires qui luttent seuls face au vent sur le bord des rivières ou des plages. Une image que le sculpteur a décliné dans plusieurs pièces de dimensions variées en songeant peut-être aussi aux bonsaïs qu'il fait pousser dans son atelier.

La nature inspire donc une grande partie du travail de René Taillefer, mais aussi l'architecture, qu'elle soit romane, gothique, ou précolombienne. Ainsi, sollicité pour habiller l'espace public face à l'Anglicane à Lévis, il a imaginé une sculpture en forme d'arbre rappelant l'ogive d'une des baies vitrées de la salle de spectacles devant laquelle l'oeuvre a pris racine. "La sculpture permet un rapport entre le spectateur et l'oeuvre, confie-t-il, un rapport au corps. Je réalise donc souvent des pièces de plusieurs dimensions pour disposer de sculptures à hauteur d'homme." Partisan d'un art public, installé dans les jardins ou la rue, René Taillefer a ainsi conçu ces trois grands carrés de bois empilés, que surplombe un gros bloc de bois à moitié évidé, oscillant au gré de l'humeur des visiteurs. Un contact tactile qui correspond bien à la philosophie de création de ce pédagogue dans l'âme, ouvert aux multiples désirs de création de ses élèves alors qu'il enseignait à l'École des arts visuels de 1974 à l'an 2000.

Sensible au passage du temps sur la Terre, l'artiste collectionne des pierres depuis plusieurs décennies, et visite fréquemment les sites préhistoriques avec une prédilection pour les alignements de dolmens. Les hautes falaises de Gaspésie ou les châteaux médiévaux, juchés au sommet de pitons vertigineux, l'impressionnent beaucoup également. Fréquemment on retrouve dans ses oeuvres des petits blocs de rochers plantés sur un socle ou mêlés à des baguettes de bois comme autant d'hommages aux forces de la nature, et à la façon dont les hommes au fil du temps ont habité leur coin de pays. L'une de ses sculptures, "La folle du logis", constituée de blocs de bois comme autant de briques d'une maison monumentale a des airs de forteresse imprenable. Le haut déchiqueté de sa tourelle illustre bien par contre l'abandon de sa propriétaire. Ni tout à fait figurative, ni tout à fait abstraite, les sculptures de René Taillefer racontent donc la vie qui passe, au gré de l'imagination de celui ou de celle qui les regarde.

L'exposition "Contrepoints" est présentée jusqu'au 17 avril à la Galerie des arts visuels, située au 255 boulevard Charest Est. La Galerie des ouverte de 11 h 30 à 16 h 30 du mercredi au vendredi et de 13 h à 17 h le samedi et le dimanche.