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7 avril 2005

   

Université Laval

Les jeunes de 15 à 24 ans, un groupe à risque en sécurité au travail

par Renée Larochelle

Au Québec, les jeunes âgés de 15 à 24 ans accorderaient de plus en plus d'importance à la famille, aux relations personnelles et au temps libre. Si le travail ne figure pas au premier rang de leurs préoccupations, ils souhaitent cependant trouver un travail intéressant et valorisant qui leur permette de mettre à profit leurs habiletés, de participer aux décisions et d'assumer des responsabilités.

Tel est l'un des constats qu'a dressés Éléna Laroche, professionnelle de recherche à la Chaire en gestion de la santé et de la sécurité du travail, lors d'une conférence portant sur la santé et la sécurité des jeunes travailleurs québécois qui a eu lieu le 24 mars, au pavillon Palasis-Prince. "Les jeunes d'aujourd'hui ne voient plus le travail de la même façon qu'avant", a affirmé Éléna Laroche qui est aussi coordonnatrice scientifique au Réseau de recherche en santé et en sécurité du travail du Québec (RRSSTQ). "Par exemple, un jeune m'a déjà dit qu'il faisait attention de ne pas se blesser au travail car il souhaitait continuer à faire de la planche à neige tout l'hiver. C'est tout dire."

Selon une étude récente, les jeunes travailleurs ne possédant pas de diplôme d'études secondaires se sentiraient moins à l'aise de refuser d'exécuter une tâche dangereuse et seraient moins susceptibles de recevoir de la formation en santé et sécurité au travail, a rappelé Éléna Laroche. Davantage attirés que leurs aînés par le risque, l'inconnu, l'incertitude et les émotions fortes, les 15 à 24 ans sous-évalueraient les dangers inhérents à leur travail. Comme on pourrait s'y attendre, les diplômés de ce groupe d'âge exerçant un emploi qualifié à temps plein détiennent un plus faible risque de se blesser au travail que les travailleurs non spécialisés uvrant dans le secteur manufacturier. La catégorie d'emploi comportant le plus de risques pour la santé et la sécurité demeure celle des étudiants qui occupent un emploi dans les secteurs du commerce au détail, de l'hébergement et de la restauration.

Selon Statistique Canada, a expliqué Éléna Laroche, les 15 à 24 ans représentaient, en 2001, 15 % de la population active du Québec, alors qu'ils occupent 10 % des heures totales travaillées et qu'ils génèrent 17 % des lésions professionnelles indemnisées. En 2000, la Commission de la santé et de la sécurité au travail (CSST) a rapporté 15 décès et 26 000 lésions professionnelles indemnisées pour ce groupe d'âge. Plus de 60 % de ces lésions concernaient des blessures traumatiques aux muscles ainsi que des plaies et des contusions.

Les horaires irréguliers, le travail répétitif, la manipulation fréquente de charges lourdes et les efforts déployés lors de la manipulation d'outils sont les principales contraintes de travail responsables des lésions corporelles. "Une plus grande scolarisation est souvent synonyme de meilleures conditions de travail et d'emploi, rappelle Éléna Laroche. Le fait que les jeunes soient de plus en plus longtemps sur les bancs d'école au Québec ne peut donc qu'avoir un impact positif sur leur santé et sécurité au travail."