Au fil des événements
 

7 avril 2005

   

Université Laval

Quand souffle l'Esprit

Le baiser sur la bouche entre Jésus et Marie-Madeleine n'a rien à voir avec l'amour humain mais témoigne de l'union avec Dieu

par Renée Larochelle

"Et le Sauveur avait pour compagne Marie-Madeleine. Elle était la préférée du Christ qui l'embrassait souvent sur la bouche. Les autres apôtres en étaient offensés et ils exprimaient souvent leur désaccord. Ils disaient à Jésus: Pourquoi l'aimes-tu plus que nous?"

Cité par l'écrivain Dan Brown dans son roman à succès Da Vinci Code, ce passage de la version copte de l'Évangile selon Philippe, découverte en Haute Égypte en 1945, a exalté bien des imaginations en ce qui concerne la nature exacte de la relation entre Jésus et Marie-Madeleine. Faut-il y voir la preuve indéniable que Jésus et Marie-Madeleine se sont connus au sens biblique du terme? Que non. Avant de sauter trop vite aux conclusions, replaçons le baiser sur la bouche dans son contexte et sachons que le geste était loin d'avoir la même signification au début de l'ère chrétienne qu'aujourd'hui, a révélé Louis Painchaud, professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses, lors d'une conférence présentée le 4 avril dans le cadre des Midis de l'Institut d'études anciennes.

"Pour les premières communautés chrétiennes, le baiser sur la bouche témoignait du fait que leurs membres étaient portés par le même souffle et baptisés dans un seul Esprit, dit Louis Painchaud. En fait, le baiser était une métaphore de l'union avec le Père, une communion spirituelle, d'où était exclue toute connotation sexuelle ou amoureuse. Ce n'était pas une marque d'affection amoureuse, comme c'est le cas dans la culture nord-américaine d'aujourd'hui."

En fait, le baiser est tellement lié à la communion spirituelle avec Dieu qu'au Moyen-Âge, le geste deviendra l'un des moments essentiels du rite de la messe et remplacera la communion, d'expliquer le conférencier. Unissant et conciliant les âmes, le baiser sert alors à décrire l'insufflation de l'Esprit, la révélation, l'engendrement spirituel, voire les relations à l'intérieur de la Trinité.

La question du baiser sur la bouche étant réglée, le cas de la relation entre Jésus et Marie-Madeleine n'est pas résolu. En effet subsiste cette curieuse réaction des apôtres à l'intention de Jésus, ce "Pourquoi l'aimes-tu plus que nous?" qu'on retrouve dans l'Évangile de Philippe et qui donne à penser que Marie-Madeleine occupait une place privilégiée dans le cur du Sauveur. "Pour en savoir davantage, il faut se pencher sur des ouvrages sérieux concernant Marie-Madeleine", dit Louis Painchaud, ajoutant du même souffle que "ce n'est sûrement pas dans les livres de Dan Brown que les gens trouveront réponse à leurs questions". À cet effet, il recommande le livre de Régis Burnet, paru aux Éditions du Cerf en 2004, intitulé De la pécheresse repentie à l'épouse de Jésus.