Au fil des événements
 

7 avril 2005

   

Université Laval

La chute

Dénazifier l'Allemagne après la Deuxième Guerre mondiale n'a pas précipité la paix

Par Renée Larochelle

Si la question de la démilitarisation de l'Allemagne s'est réglée de façon relativement simple, il n'en a pas été de même pour celle de la dénazification. Devant l'ampleur de cette tâche qui consistait à épurer systématiquement le pays de tout élément relié de près ou de loin au Parti nazi, les Forces alliées finiront par reculer. Mais il n'en demeure pas moins que la dénazification aura été l'une des premières formes de psychanalyse collective du passé nazi.

"Dans un État totalitaire comme l'était l'Allemagne d'Hitler, où l'idéologie embrigadait toutes les structures de la société, il allait de soi que la dénazification allait impliquer un remodelage complet du pays, souligne ainsi Yannick Cormier, dont le mémoire de maîtrise en histoire porte sur la question. Le point plus visible et le plus connu de la dénazification est le tribunal international de Nuremberg de 1945 où les accusés seront jugés et condamnés pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Mis à part ce fait saillant, l'opération d'épuration, minée par une bureaucratie lourde et impersonnelle, sera loin d'être un succès, le problème étant d'appliquer des sanctions conséquentes contre tous les individus affiliés de près ou de loin au nazisme."

En zone d'occupation américaine règne la volonté de restaurer l'ordre précédant l'avènement d'Hitler. Utilisant la méthode forte, les Américains concoctent un questionnaire, le fameux Frageboden de 131 questions, auxquels treize millions d'Allemands de 18 ans et plus sont soumis, c'est-à-dire tous les Allemands résidant dans cette zone. À cause de sa complexité et des cafouillages administratifs et juridiques qu'il entraîne, le questionnaire est finalement abandonné. Les Soviétiques, eux, sont plus radicaux. En fait, c'est en zone soviétique que les plus grandes purges ont lieu, le but ultime étant de construire une Allemagne démocratique et antifasciste. Sont ainsi écartés tous les nazis importants des instances publiques et gouvernementales, ainsi que tous les ennemis potentiels du socialisme pouvant nuire à la construction de la dictature communiste.

Pas d'Allemagne sans Allemands
"En zone soviétique, le processus sera être rapide et brutal, parce qu'on cherche à limiter le mécontentement populaire qu'ils suscite, note Yannick Cormier. Des faveurs ou des grâces sont accordées aux personnes qui acceptent de prendre part à la construction de la nouvelle société." Partisans de la responsabilité individuelle, les Français choisiront de faire participer les Allemands eux-mêmes au processus, en leur laissant le soin d'effectuer l'épuration des différentes administrations et de l'économie privée. "Ce qui importait dans la politique française n'était pas seulement le phénomène nazi mais aussi l'assurance qu'aucune agression allemande ne soit possible dans l'avenir, insiste Yannick Cormier.

À partir de 1947, la dénazification est de plus en impopulaire et ses méthodes vivement critiquées, tant et si bien que les procédures de dénazification appartiennent déjà au passé, en 1950. "On s'est rendu compte qu'on ne pouvait pas reconstruire une Allemagne sans Allemands, dit Yannick Cormier. Beaucoup d'historiens considèrent que la dénazification a été un échec, de nombreuses erreurs ayant été commises à cause des imperfections du système. Par exemple, des criminels qui auraient dû être punis ne l'ont pas été et des innocents ont payé pour des crimes dont ils n'étaient pas responsables. En revanche, d'autres historiens pensent que symboliquement, la dénazification a été une réussite parce qu'elle dénonçait tout ce qui s'était passé entre 1939 et 1945."