Au fil des événements
 

7 avril 2005

   

Université Laval

La ville rêvée

Sept mois avant les prochaines élections municipales, des citoyens de Québec s'interrogent sur la place qu'occupe ce palier de gouvernement dans la vie démocratique d'ici

par Pascale Guéricolas

À l'invitation du Réseau du forum social de Québec Chaudières-Appalaches, un regroupement né dans la foulée des événements du Sommet des Amériques, des rencontres sur "La ville que nous voulons" se dérouleront les 12 et 26 avril prochains, à 19 h, à la Maison de la culture et de l'environnement au 870 avenue de Salaberry à Québec. Un premier atelier avait lieu fin mars sur la démocratie et la gouvernance en présence notamment de Laurence Bhérer, professeure au Département de science politique de l'Université Laval, du sociologue Jacques Gélinas, auteur de La globalisation du monde, et de Martin Sévigny, ancien conseiller municipal à Montréal.

Les trois conférenciers ainsi que le public participant à la discussion tombent d'accord sur un point: le rôle d'une municipalité ne se limite pas à assurer la collecte des ordures, le déneigement et la tonte de pelouse comme on l'entend dire si souvent. De toute façon, même ces services soulèvent des enjeux environnementaux et sociaux profonds, comme le remarque Laurence Bhérer. "La gestion des déchets, le combat autour de l'usage abusif d'insecticides sur les pelouses ou la distribution de l'eau sont de sérieux choix de société, auxquels s'ajoutent des questions comme l'intégration des immigrés, des jeunes et le logement. On se rend compte donc que, contrairement à une idéologie persistante, le municipal n'est pas dépourvu d'enjeux politiques, bien au contraire." Pour Jacques Gélinas, un discours municipal surtout orienté sur les services à fournir sert en fait les intérêts des politiciens du fédéral et du provincial inquiets de voir les citoyens faire l'apprentissage de la démocratie.

Vive la participation!
Le sociologue souligne aussi le désintérêt des citoyens pour la gestion municipale, un désintérêt qui s'explique peut­être par le fait que "la démocratie est jeune et encore à inventer, car le concept date de la Révolution française et que, jusqu'au 20e siècle, les femmes n'y participaient pas." "D'autant plus qu'il a fallu attendre les années 1970 pour que tous les habitants d'une municipalité aient le droit de vote", fait remarquer de son côté Diane Lamoureux. Elle aussi engagée dans la discussion, la professeure au Département de science politique explique que, pendant longtemps, seuls les propriétaires de logements et ceux dont le nom figuraient sur le bail de location pouvaient se prononcer aux élections municipales, ce qui excluait souvent les femmes des listes électorales.

Marcel Sévigny, fort de son expérience d'élu dans le quartier Pointe Saint-Charles à Montréal de 1986 à 2001, croit pour sa part que la démocratie participative constitue une voie d'avenir dans la foulée de l'expérience de Porto Alegre, à condition de remettre en cause les structures municipales existantes. Il cite ainsi en exemple la coalition de citoyens "Les Motivés" à Toulouse qui doit surveiller les élus municipaux ou les communes autogérées des Zapatistes au Chiapas. Plus près de nous, Laurence Bhérer évoque les conseils de quartier mis en place à Québec depuis 1993. "Cette recherche de consultation publique distingue Québec des autres villes canadiennes", explique-t-elle. Par contre, elle remarque qu'il va sans doute être difficile d'étendre les conseils aux 37 nouveaux quartiers que compte maintenant la ville sans nuire à leur indépendance ni amoindrir les moyens financiers déjà limités dont ces instances disposent.

Membre avec d'autres experts et des citoyens de l'Observatoire de la démocratie locale chargé de surveiller l'élargissement des conseils de quartiers à l'ensemble de la nouvelle ville de 506 000 habitants, la politologue constate déjà certaines anicroches. Ainsi, la municipalité utilise moins la consultation publique et certains élus reçoivent eux-mêmes les mémoires des citoyens plutôt que ceux-ci n'arrivent entre les mains d'un commissaire indépendant. À suivre, donc, dans un conseil proche de chez vous.Pour en savoir plus sur les ateliers "La ville que nous voulons": http://www.reseauforum.org/grille-calendrier/node/view/433