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7 avril 2005

   

Université Laval

Les derniers décrocheurs

Une étude explore les causes du haut taux d'abandon des étudiants inscrits au doctorat

par Jean Hamann

Dans le monde universitaire, les étudiants au doctorat sont perçus comme de purs esprits qui poussent à la limite leur soif de connaissances et qui ne laissent rien ni personne les détourner de leur quête de savoir. Dans les faits, la situation est tout autre. Des trois cycles universitaires, c'est au doctorat que le taux d'abandon est le plus élevé; il se situe à 50 % dans l'ensemble des universités du Québec et à un peu plus de 40 % à l'Université Laval.

L'étudiante-chercheuse Flavie Lecompte et le professeur Janel Gauthier, de l'École de psychologie, ont voulu savoir ce qui se cachait derrière cette hécatombe. Dans le cadre de son mémoire de maîtrise, l'étudiante-chercheuse a retracé et interrogé plus d'une centaine d'étudiants qui étaient inscrits au doctorat au début de l'année civile 1996. L'exercice lui a permis de dresser le profil de 62 candidats qui ont complété avec succès leur programme, de le comparer à celui de 51 décrocheurs et de cerner quelques éléments qui influencent l'abandon des études doctorales. Il y a quelques semaines, Flavie Lecompte et Janel Gauthier présentaient les grandes lignes de cette étude au Conseil de la Faculté des études supérieures.

Quelques surprises
Les décrocheurs sont plus âgés que les finissants (34 versus 30 ans) lorsqu'ils s'inscrivent au doctorat, et ils étudient pendant cinq sessions avant de lancer la serviette. Parmi les facteurs que les chercheurs ont pu associer au décrochage, le régime d'études à temps partiel fait sa part de ravages: 93 % des étudiants qui n'étudient pas à temps plein n'obtiennent pas leur diplôme. Contrairement aux attentes, le revenu total dont dispose l'étudiant ne semble pas déterminant: c'est plutôt la source de ces revenus qui exerce une influence marquée. Ainsi, pendant leurs études, 75 % des finissants disposent de revenus provenant davantage de bourses et de prêts que de leurs propres poches. Chez les décrocheurs, ce pourcentage n'est que de 53 %. Autre surprise, le nombre d'heures consacrées à un travail rémunéré ne semble pas influencer la décision de poursuivre ou non. Par contre, les étudiants qui persévèrent occupent plus souvent des emplois en lien direct avec leurs études.

Être parent semble également prédisposer au décrochage. Les chercheurs ont observé qu'il y a significativement plus de décrocheurs (57 %) que de finissants (37 %) qui ont des enfants. Le temps consacré aux tâches parentales nuirait à l'intégration scolaire des étudiants et, évidemment, réduirait le temps qu'ils peuvent consacrer à leurs travaux.

Les décrocheurs montrent un plus faible taux de motivation, qu'il s'agisse de la composante de motivation interne (exemple: j'étudie pour en apprendre davantage dans mon domaine), de motivation externe (j'étudie pour obtenir un diplôme) ou de priorité des études. Ils étaient aussi plus sujets à la procrastination, moins bien intégrés à la vie scolaire et sociale universitaire, moins soutenus par leurs proches et ils entretenaient de moins bons rapports avec leur directeur de thèse.

Les principaux motifs invoqués par les décrocheurs pour expliquer leur décision d'abandonner les études doctorales sont les difficultés financières, l'acceptation d'une offre d'emploi intéressante, la conciliation travail/études et la relation négative avec le directeur de thèse. Les chercheurs soulignent que ce sont tous là des facteurs externes. "Il se pourrait que les motifs de départ invoqués par les décrocheurs soient moins révélateurs des facteurs qui les ont poussés à abandonner que des stratégies qu'ils ont utilisées pour préserver leur estime de soi et leur image sociale à la suite de leur abandon des études doctorales", avancent-ils.

Que faire?
À la lumière de ces résultats, Flavie Lecompte et Janel Gauthier suggèrent un certain nombre de mesures qui pourraient favoriser la persévérance aux études doctorales. D'abord, les instances gouvernementales et les universités auraient tout intérêt à assurer un meilleur soutien financier aux doctorants si elles souhaitent accroître le nombre de finissants au troisième cycle. Ensuite, il faudrait que, pendant leurs études, les doctorants aient davantage accès à des emplois liés à leur domaine. "Nous recommandons un meilleur équilibre entre le nombre d'admissions et le nombre de postes d'auxiliaire de recherche ou d'auxiliaire de cours", proposent-ils.

Les auteurs de l'étude suggèrent également d'instaurer des rencontres d'accueil entre les nouveaux doctorants et les membres de leur faculté, des ateliers de formation sur la motivation et des mesures favorisant de meilleurs rapports étudiant-directeur. "Nous suggérons aussi que l'Université sensibilise davantage les doctorants aux risques associés aux études à temps partiel de telle sorte que l'étudiant puisse faire un choix éclairé quant à son régime d'études."