Au fil des événements
 

7 avril 2005

   

Université Laval

Le courrier

Présence policière sur le campus
J'ai lu les lettres de collègues professeurs et professeures au sujet de la présence policière sur le campus dans le numéro du 31 mars du journal Au fil des événements et je veux leur exprimer mon appui sans réserves. J'ai aussi été témoin des faits produits à la cafétéria du pavillon Charles-De Koninck le 24 février et, pour reprendre vos mots, je dirais encore une fois: "Ces interventions m'ont indignée et glacée d'effroi".

Le campus de l'Université Laval devrait être un espace où le débat des idées politiques se fasse selon les règles de jeu d'une société démocratique, la présence répétée et injustifiée des forces policières et de sécurité ne fait que miner cette mission première de l'éducation supérieure.

Nous devons tous nous sensibiliser en faveur d'une pensée diverse et pluraliste, susceptible de s'exprimer dans la tolérance et le respect des droits constitutionnels, tout en demandant à l'administration de l'Université de cesser d'appeler la police à chaque manifestation politique étudiante.

EMILIA I. DEFFIS
Professeure adjointe au
Département des littératures


Les dirigeants de demain?
Parmi les dirigeants de demain, certains seront fort probablement des finissants au MBA de l'Université Laval. Et de mon point de vue, c'est très inquiétant. Que l'égoïsme et le nombrilisme des dirigeants de l'APMAL (Association des participants à la maîtrise en administration de Laval) les incitent à oublier le mot solidarité en temps de grève envers les moins nantis de leur communauté universitaire, je n'ai aucun problème avec la chose. Qu'ils mettent de côté leur soi-disant capacité d'analyse au point de ne pas se rendre compte que nous sommes en présence d'une décision politique d'une lâcheté inégalée, c'est-à-dire de s'attaquer aux étudiants les plus défavorisés et surtout les moins nombreux au lieu de répartir le manque à gagner total sur le nombre total d'étudiants, cela m'est tout aussi égal.

Qu'ils acceptent de se faire avoir sans rien dire par les baby-boomers qui ont su accumuler des déficits records au fil des années et qui veulent maintenant s'en laver les mains en refilant la facture aux plus jeunes tout en augmentant leur niveau d'endettement postsecondaire, parfait. Mais qu'ils votent contre le fait de consulter l'ensemble de leurs membres sur la possibilité d'une grève qui pourrait mettre fin à ces injustices en considérant que le refus de 60 personnes sur 2000 est un nombre représentatif pour leur dénier ce droit, là, j'ai un problème. Ne permettre qu'une plage réduite d'une heure par semaine afin de permettre aux étudiants d'exprimer légitimement leur opinion est peut-être légal selon les statuts de l'Association, mais c'est carrément malhonnête, surtout si l'on considère les moyens technologiques actuels auxquels nous avons accès.
J'aimerais donc attirer l'attention de ceux qui ont voté contre le fait que tous les membres devaient avoir le droit de s'exprimer sur le sujet, et ce, en leur offrant les meilleures méthodes disponibles garantissant une accessibilité diligente au vote, qu'ils font preuve d'un profond mépris pour la démocratie. Cette manière d'agir est digne des dictatures les plus viles où la consultation populaire est inexistante et les droits de l'Homme bafoués.

Jean-Philippe Bonneau, président de l'APMAL, nous dit que c'est avec la plus grande des objectivités qu'il compte nous faire part des décisions qui ont été prises à l'assemblée générale de l'APMAL. Dans son communiqué, par contre, il ne fait aucunement référence au vote qui s'est tenu afin de ne pas permettre à tous les membres de se prononcer sur le sujet en leur refusant le droit de vote. Quelle objectivité, on dirait la commission Gomery!
Bravo aux dirigeants de demain, ça promet!

ALEXANDRE GIASSON
Étudiant au MBA - comptabilité



Lettre ouverte au ministre de l'Éducation

Monsieur le Ministre,

Nous sommes cinq étudiantes et étudiants inscrits aux deuxième et troisième cycles à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval. Au cours du trimestre passé, nous avons eu l'occasion d'analyser, dans le cadre du Séminaire sur l'enseignement supérieur, un corpus composé d'articles scientifiques en sciences sociales (2001, 2002 et 2004) portant sur la réussite éducative en enseignement postsecondaire. Même si la majorité de ces articles portait sur des systèmes d'éducation étrangers (États-Unis, France, Royaume-Uni et autres pays), nous pensons que l'analyse de ce corpus peut nous apporter un éclairage sur les revendications formulées par les diverses parties impliquées dans la grève étudiante actuelle.

Tout d'abord, la population postsecondaire n'est pas un groupe homogène. Les origines socioéconomiques, le sexe, la nationalité, l'âge et le statut parental sont autant de facteurs qui influencent les possibilités de poursuivre et de réussir des études. Il en est de même pour le programme dans lequel s'inscrit l'étudiante ou l'étudiant ainsi que l'établissement fréquenté. Nous pouvons ajouter à cela les conditions matérielles et sociales dans lesquelles évoluent les étudiantes et étudiants. Par exemple, le soutien financier et moral des parents, la valeur accordée par les proches à l'enseignement postsecondaire et la présence de personnes et de ressources matérielles significatives les aidant dans leur cheminement sont autant de facteurs qui favorisent la réussite éducative.

La définition de la réussite présentée dans le corpus sélectionné dépasse les simples indicateurs que sont l'excellence scolaire, le taux de diplomation, ou encore le délai nécessaire à la diplomation. Bien que la réussite éducative soit synonyme d'apprentissage de compétences et d'habiletés, il se dégage des écrits que la réussite inclut également l'acquisition de compétences sociales, la conscientisation aux responsabilités civiles et la construction de l'identité, lesquels se concrétisent par la confrontation à diverses idées et expériences en enseignement postsecondaire.
La persévérance dans les cheminements scolaires en enseignement postsecondaire est diversifiée selon les groupes sociaux. Les seules aptitudes scolaires, malgré leur importance, ne sont pas suffisantes pour définir les probabilités de réussite éducative et certaines populations sont plus vulnérables durant leur enseignement postsecondaire. Pensons entre autres aux personnes de première génération à l'université ou à celles qui ont des enfants, en particulier des étudiantes chef de famille monoparentale, aux adultes qui effectuent un retour aux études, aux étudiantes et étudiants des Premières Nations, aux immigrantes et aux immigrants. Notons par exemple que les représentations sont cruciales dans la poursuite et la persévérance aux études.

Des recherches (Archer, Pratt et Phillips: 2001) réalisées auprès d'étudiantes et d'étudiants en Angleterre ayant décidé de ne pas poursuivre leurs études au collégial ont montré que leur manque d'intérêt était dû entre autres au fait qu'ils ne s'identifiaient pas à des systèmes scolaires élitistes et à la population étudiante qui les fréquentait. Le système québécois d'enseignement postsecondaire étant moins élitiste, il serait dramatique que cette population plus vulnérable, dans la conjoncture actuelle de non-recevoir des revendications étudiantes, se trouve confortée dans cette représentation. Le statut d'étudiant à temps partiel est aussi un élément particulièrement problématique pour la poursuite et la persévérance aux études postsecondaires. C'est pourtant actuellement la situation d'un grand nombre d'étudiantes et d'étudiants québécois. Quels que soient les motifs pour lesquels la personne s'inscrit à temps partiel (enfants, emploi, besoins financiers), elle éprouve davantage de difficultés à terminer ses études.

Les diverses équipes de recherche manifestent de l'inquiétude pour ce qui est de la démocratisation de l'enseignement postsecondaire. L'augmentation des prêts en défaveur des bourses est une tendance qui n'est pas unique au Québec et, dans tous les pays représentés par notre corpus, les chercheuses et chercheurs en sciences sociales appliquées à l'éducation s'inquiètent des conséquences de la diminution de l'aide financière et de l'accroissement de l'endettement étudiant sur l'accessibilité aux études. La déréglementation des frais de scolarité préoccupe également et l'expérience ontarienne est révélatrice: la population étudiante fréquentant des programmes professionnels plus coûteux a radicalement changé depuis la déréglementation. À titre d'exemple, à l'University of Western Ontario, la composition du bassin étudiant en médecine s'est transformée. Le revenu familial moyen des familles de ce groupe était de 80 000 $ en 1998; en 2000, il atteignait 140 000 $. Pour la même période, la proportion de cette population étudiante provenant d'une famille disposant d'un revenu familial inférieur à 60 000 $ par année a chuté de 36 % à 15 % (Fine 2001: 90 dans Quirke et Davies 2002). Nous pouvons également émettre l'hypothèse que l'accroissement de l'endettement étudiant et l'augmentation des frais de scolarité aura une influence sur l'ensemble des programmes, même les moins élitistes, surtout pour certains groupes d'étudiantes et d'étudiants qui sont plus vulnérables du fait de leurs caractéristiques économiques et sociales.

Cette déréglementation possible des frais de scolarité par programme ou par faculté a des impacts sur la stratification interne des établissements et sur les enjeux de financement. Sur le plan institutionnel, le manque de ressources financières en enseignement se répercute sur l'embauche de nouvelles et nouveaux professeurs et sur les ressources mises à la disposition de la population étudiante. Par exemple, le temps consacré à la supervision, le nombre de cours offerts, le ratio par cours, les ressources professionnelles d'aide à la réussite ainsi que les ressources documentaires (bibliothèques) sont autant de facteurs qui permettent de mesurer l'impact de la situation financière précaire dans laquelle se trouvent les collèges et les universités québécoises aujourd'hui.

Si nous souhaitons, en tant que société, offrir un accès à une éducation de qualité et favoriser la réussite éducative au plus grand nombre d'étudiantes et d'étudiants sans contrainte des limites inhérentes aux diverses origines et appartenances sociales, nous nous devons d'agir maintenant. Nous insistons sur la nécessité de maintenir la distinction québécoise qui fait qu'aujourd'hui nous avons la possibilité de poursuivre nos études de maîtrise et de doctorat à l'Université Laval. Nous sommes tous et toutes des étudiants de première génération à l'université. Trois d'entre nous sont des étudiants étrangers (Burkina Faso, Mexique et France) et deux proviennent de régions du Québec où les formations universitaires offertes sont restreintes. Nos parcours et les diverses mesures institutionnelles qui les ont favorisés témoignent de l'importance de maintenir un accès équitable à l'enseignement postsecondaire et de favoriser la réussite éducative. Nous vous encourageons donc, Monsieur le ministre de l'Éducation, à saisir l'occasion qui vous est offerte actuellement pour mettre en place des mesures qui non seulement préserveront la spécificité québécoise en termes d'accès à l'enseignement postsecondaire, mais qui permettront d'atténuer au maximum les facteurs empêchant la persévérance aux études et la réussite scolaire pour de nombreux étudiantes et étudiants, dont le fardeau de l'endettement.

DOMINIQUE TANGUAY, VIRGINIE DUCLOS,
VÉRONIQUE BARRIAULT,
OSCAR CASTILLO IBARRA et LAGI ZOUNDI
Étudiants à la Faculté des sciences de l'éducation