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31 mars 2005

   

Université Laval

La comédie des accents

Les Treize proposent un classique du théâtre belge revu à la sauce beauceronne

Le belge Jean-Pierre Coljon se retrouvait fréquemment aux toilettes lorsqu'il visitait les grands-parents de sa compagne beauceronne. Fébrilement, cet amoureux des langues notait, à l'abri des regards, les expressions, les tics de langage, les images qu'il avait pu attraper des aînés au hasard de la conversation. Un matériel linguistique qu'il a abondamment utilisé pour écrire sa comédie Le mariage de Marie à Gusse à Baptisse. L'argument? Un Parisien, Richard, arrive à Sainte-Marie-de-Beauce en 1927 pour y acheter du sirop d'érable. Cependant, il a bien du mal à se faire comprendre des Poulin, une famile d'acériculteurs chez laquelle il demeure. Il tombe d'ailleurs amoureux de Marie Poulin, dite Marie à Gusse à Baptisse, qui s'occupe des commandes de la petite entreprise familiale. Pour la séduire, il essaie d'adopter "la parlure canayenne" et tente aussi de faire nommer le père président d'honneur de la Coopérative des producteurs de sirop d'érable de Beauce, afin de s'attirer ses bonnes grâces.

"Je me suis inspiré de la comédie belge la plus jouée dans le monde, Le Mariage de Mademoiselle Beulemans, écrite en 1910, que Marcel Pagnol a qualifiée de chef-d'oeuvre, explique l'auteur, conseiller en affaires internationales au ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, et étudiant en création littéraire à la ville. Cette pièce, déjà adaptée quatorze fois, raconte les aventures d'un Parisien venu acheter de la bière à Bruxelles tombant amoureux d'une Bruxelloise." Écrite entièrement dans le patois de la capitale belge, cette pièce donne l'occasion à son auteur d'examiner avec humour des rapports franco-belges ou belgo-français. Dans le cas de l'adaptation écrite par Jean-Pierre Coljon, il s'agit de souligner les relations particulières entre Québécois et Français, en particulier en ce qui concerne la langue. Richard, le jeune Parisien, a tendance en effet à passer pour un beau parleur, adepte de la longue phrase, tandis que ses vis-à-vis Beaucerons semblent moins empêtrés dans les conventions et dotés d'un solide sens pratique.

Éviter l'effet Bell
Le bouillant Auguste Poulin illustre bien le tempérament des agriculteurs de ce coin de pays. "Il a un grand cur, c'est un homme très travailleur, mais aussi quelqu'un de très bougonneux qui n'a pas toujours la manière de faire passer ses messages, explique Marc Fréchette qui incarne le père de Marie. Sous l'influence du Français, il va s'adoucir un peu." "La chaleur que montrent les Beaucerons dans leurs rapports aux autres touche beaucoup Richard, le jeune Parisien", remarque la metteure en scène Tina Paquet. Pour cette diplômée en études théâtrales, la pièce permet de souligner le rapprochement entre des représentants de deux cultures francophones différentes, et surtout de se tenir loin de la caricature. À plusieurs occasions, les acteurs ont d'ailleurs modifié des scènes en répétition ressemblant trop aux fameuses publicités télévisées de Bell sur la vie ­ fictive - d'autrefois. Originaire d'un rang non loin de la rivière Chaudière, Tina Paquet puise dans sa connaissance personnelle de la culture beauceronne pour aider les acteurs à adopter sans affectation l'accent des "jarrets noirs". Mais au-delà des prononciations pimentées de "dj" comme dans "c'est bien medjeur", ou des expressions un peu désuètes comme "graphophone", c'est surtout la portée universelle de la comédie qui touche les uns et les autres. Après tout, les querelles de clochers, la rivalité ville-campagne et les difficultés économiques des agriculteurs restent toujours des thèmes d'actualité.

La troupe Les Treize présente la pièce Le mariage de Marie à Gusse à Baptisse les 8, 9 et 10 avril à 20 h au Théâtre de la cité universitaire, et le 16 avril à 20 h à à la salle Méchatigan de la polyvalente Benoît-Vachon, à Sainte-Marie-de-Beauce. Les billets sont disponibles, au coût de 10 $, à l'Animation socioculturelle et à l'entrée, le soir du spectacle, au coût de 12 $. L'Animation socioculturelle est située au local 2344 du pavillon Alphonse-Desjardins.