Au fil des événements
 

31 mars 2005

   

Université Laval

Le courrier

Lettre ouverte au ministre de l'Éducation

Monsieur le Ministre,

À titre d'étudiants en enseignement au collégial, nous tenons à manifester notre appui au mouvement qui soulève en ce moment nombre d'associations étudiantes contre la réforme de l'Aide financière aux études. Nous avons à cur les principes d'accessibilité et d'égalité des chances qui sont à la base de notre système d'éducation et nous croyons que les coupures appliquées par votre gouvernement, tout comme votre plus récente proposition, y contreviennent.

Nous nous opposons aux coupures de 103 millions appliquées dans l'Aide financière aux études. Ces coupures représentent une augmentation du taux d'endettement moyen des étudiants de 60 % qui ne pourra qu'avoir des effets négatifs sur l'ensemble de notre société. Elles constituent une véritable barrière pour ceux qui envisagent des études, comme pour ceux qui en sortent et qui voudraient créer une entreprise ou fonder une famille. Nous nous opposons aussi à la hausse des frais de scolarité ou à toute autre proposition qui irait au détriment de l'accessibilité aux études. Dans le même esprit, nous sommes contre la décentralisation des cégeps qui constitue une véritable atteinte aux principes d'égalité des chances et d'accessibilité aux études supérieures en région.

En dépit de ce que vous clamez auprès des médias, ce n'est pas dans la perspective de préserver l'égalité des chances que vous avez conçu la proposition du 15 mars 2005. Cette proposition nous paraît discriminatoire en ce qu'elle laisse de côté une majorité d'étudiants tels que ceux du secondaire professionnel ou ceux des deuxième et troisième cycles universitaires. L'idée d'une transformation partielle de prêts en bourse conditionnelle à la réussite en temps réglementaire nous paraît tout aussi inéquitable puisque nous savons que les étudiants les plus démunis doivent souvent concilier le travail, les études et souvent la famille, ce qui réduit leur chance de répondre à ces conditions. Nous remarquons d'ailleurs que cette politique, que vous appelez pourtant une " motivation à la diplômation ", va à l'encontre d'une saine pédagogie car elle instaure un climat de pressurisation qui pourrait accentuer des phénomènes tels que le décrochage et l'abandon des études avant l'obtention du diplôme.

Enfin, nous croyons que votre gouvernement devrait adopter une tout autre perspective par rapport à l'Éducation. L'éducation n'est pas une dépense qu'il faudrait " couper " autant que possible, mais bien un investissement garant du développement de notre société! Aussi, si nous vous écrivons aujourd'hui, ce n'est donc pas tellement parce que nous sommes attachés à l'ancien règlement de l'Aide financière, mais parce que nous sommes préoccupés par le Québec de demain.

LES ÉTUDIANTS DU DIPLÔME EN
ENSEIGNEMENT AU COLLÉGIAL DE L'UNIVERSITÉ LAVAL


L'Université, une enceinte sacrée
L'Université est un lieu sacré ou doivent régner, à un très haut degré, la tolérance et la liberté. Les forces de l'ordre qui pénètrent dans cette enceinte devraient faire preuve du même respect, de la même retenue, que si elles pénétraient dans une église ou dans un autre lieu de même nature.
Cela n'a pas été le cas des deux interventions policières dont j'ai été témoin au pavillon De Koninck de l'Université Laval, les 24 février et 14 mars derniers. Dans les deux cas, il s'agissait d'interventions musclées qui ne me semblaient absolument pas justifiées par la teneur des manifestations étudiantes qui se déroulaient dans le pavillon. Ces interventions m'ont indignée et glacée d'effroi.

On ne "descend" pas dans une université comme dans un bar!

J'étais à l'UQÀM cette semaine, où les étudiants sont beaucoup plus mobilisés qu'ici. Pourtant, les rapports entre gardiens de sécurité et étudiants y étaient tout à fait détendus. J'ai senti une tolérance et un respect mutuel entre manifestants et forces de l'ordre, que j'envie à mes concitoyens montréalais. Je crois qu'ils ont compris que les gens se montrent généralement dignes de la confiance et du respect qu'on leur témoigne.

MICHELLE CUMYN
Professeure, Faculté de droit


Trop de présence policière sur le campus

Depuis la fin février, les visites de policiers ou la présence d'agents de sécurité se font de plus en plus régulières et insistantes sur le campus de l'Université Laval. C'est une situation qui nous semble inadmissible et qui ne peut qu'envenimer les choses au lieu de les calmer.

Le 24 février, le collectif de minuit entreprenait de faire une distribution gratuite de nourriture devant le comptoir de Sodexho au pavillon De Koninck. Cette distribution s'est accompagnée d'une présence importante et musclée de la police de Québec qui a procédé à certaines arrestations alors que la distribution de nourriture s'était déroulée de façon pacifique. Au retour de la semaine de lecture, nous avons pu remarquer la présence d'agents de sécurité de l'Université pour surveiller le comptoir de Sodexho. Est-ce normal que les ressources limitées de l'Université soient affectées à protéger la filiale d'une multinationale dont la situation financière est plus florissante que celle de l'Université? Nous ne pouvons que soutenir notre recteur lorsqu'il demande un meilleur financement de l'enseignement universitaire. Cependant, nous pouvons douter du jugement de l'administration de l'Université dans l'affectation de ce financement, lorsque nous apprenons de la part des agents de sécurité ou de la police de Québec que c'est à la demande de l'administration de l'Université qu'ils sont devant le comptoir de Sodexho. Et comme les distributions de nourriture ont lieu tous les jeudis, c'est chaque semaine la même saga.

Le 7 mars, alors que l'association étudiante de science politique avait voté de se joindre au mouvement de grève contre les coupures dans le système des prêts et bourses, nous avons encore pu voir un dispositif policier important à l'entrée des amphithéâtres du sous-sol du De Koninck. Tout cela parce que des étudiants faisaient une ligne de piquetage pacifique pour empêcher la tenue d'un cours.

La manie de l'université d'appeler la police de Québec à tout bout de champ est problématique, de même que la mobilisation intensive du Service de sécurité de l'Université. Certes, les étudiants de plusieurs départements sont en grève. Dans de telles circonstances, la tenue de lignes de piquetage pacifiques devant les salles de cours ou les manifestations internes dans les couloirs des pavillons et sur le campus sont des façons tout à fait légitimes de populariser leurs revendications, que le recteur lui-même prétend partager. La présence policière et sécuritaire est non seulement une entrave à la liberté d'expression politique des étudiants mais aussi un manquement grave à la mission de l'université qui est d'être un lieu de débat et de confrontation des idées.

Nous demandons donc à l'administration de l'Université de cesser de recourir à la présence policière contre les actions politiques sur le campus.

DIANE LAMOUREUX
Professeure titulaire, Département de science politique
Cette lettre a reçu l'appui de Georges Azzaria, Laurence Bhérer, Marie-Andrée Couillard, Marc-André Deniger, Julie Desrosiers, André Drainville, Gilles Gagné, Jean-Jacques Gislain, Marie-France Labrecque, Paul-André Lapointe et Sylvie Morel, professeurs et professeures à l'Université Laval

La vérité sur le nouveau diplôme en enseignement collégial

À l'automne 2004, la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval a transformé son certificat de pédagogie collégiale en un diplôme de deuxième cycle. Sur le portail de la Faculté, on peut lire que le nouveau programme est unique au Québec, tant il conjugue avec bonheur une composante théorique axée sur les toutes dernières découvertes en matière de didactique et de psychologie avec une composante tournée vers la pratique. Dans le but d'éclairer ceux qui se demandent s'ils feraient bien de s'inscrire à ce programme, j'aimerais ajouter ma voix au concert des éloges et célébrer à mon tour le caractère unique du nouveau diplôme.

Un diplôme unique par son dogmatisme. Si les Perrenoud, Tardif et Scallon ne figurent pas sur la liste de vos auteurs favoris, si l'" approche par compétences " ne vous dit absolument rien, munissez-vous d'une bouteille de Pepto Bismol, car vous risquez l'indigestion. Il ne suffira pas qu'on vous rabâche les oreilles avec ces noms et cette approche à l'intérieur de quelques cours. La théologie de l'éducation qu'on professe à la Faculté interdit de sortir des cadres du paradigme régnant. Qu'on ne s'imagine pas que les mises en garde faites par les rares individus qui ne sont pas encore tout à fait aveuglés par la foi dans les compétences vont y changer quelque chose: il faut croire, croire et toujours croire, même si la réalité fait souvent ressortir les défauts de l'approche retenue.

Un diplôme unique par son autoritarisme. Si la démocratisation et la transparence furent les maîtres mots du Rapport Parent, il faut juger que la Faculté des sciences de l'éducation a laissé passer le bateau. En effet, l'association qui est censée représenter les étudiants du diplôme en enseignement collégial n'a aucune voix au chapitre de l'élaboration des programmes. Cela irait encore si les professeurs - pour la plupart chargés de cours - étaient soumis de façon systématique à une évaluation formelle, comme cela est de mise dans les autres facultés et départements de notre université. Vous aimez jouer à la roulette russe ? Excellent, car en termes de chargés de cours, le meilleur côtoie ici le pire.

Un diplôme unique par ses contradictions. Les concepteurs de ce qui était autrefois un certificat de premier cycle aiment les paradoxes. Ils ont concocté un programme de formation initiale des maîtres en l'élevant par la magie de la sémantique au rang des diplômes de deuxième cycle. Préparez-vous à vivre douloureusement cette contradiction. En tant qu'étudiants de second cycle, vous aurez à réfléchir sur votre pratique sans qu'on vous en donne le temps ni les moyens. Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple, on vous demandera de produire une réflexion critique sur l'intégration des technologies au collégial sans que vous ayez pu toucher une seule fois à ces technologies.

Le nouveau diplôme en enseignement collégial associe donc trois caractéristiques majeures: dogmatisme, autoritarisme et contradictions internes. Resterait à savoir si les autres programmes de la Faculté ne comportent pas les mêmes caractéristiques, dans un ordre différent ou selon des combinaisons différentes.

MATHIEU LAVOIE
Étudiant à la Faculté des sciences de l'éducation