Au fil des événements
 

17 mars 2005

   

Université Laval

Remous autour du saumon

Qu'il provienne de rivières ou d'étangs d'élevage, le saumon atlantique ne pose pas de risques pour la santé humaine

par Jean Hamann

Des chercheurs de la Faculté de médecine ont jeté un nouveau pavé dans la mare du saumon lors d'un colloque scientifique qui se déroulait mercredi à Québec, en présentant des données qui indiquent que les saumons atlantiques d'élevage ne contiennent pas plus de polluants que leurs cousins sauvages. La conclusion de Carole Blanchet, Michel Lucas et Éric Dewailly, chercheurs à l'Unité de recherche en santé publique et à l'Institut national de santé publique du Québec, vient calmer la tempête créée l'année dernière par une équipe américaine qui avait découvert des polluants dans des saumons d'élevage. Ces chercheurs avaient alors conseillé à la population de limiter la consommation de saumon d'élevage à un repas par mois ou de lui substituer du saumon sauvage. Leur étude avait aussi semé le doute et la consternation chez les consommateurs de gélules d'oméga-3 fabriquées à base d'huile de saumon.

"L'étude américaine a eu des répercussions importantes sur le marché du saumon, relate Michel Lucas. Les ventes de saumon d'élevage ont connu une baisse importante dans les mois qui ont suivi et les commerçants ont commencé à retirer la peau et le gras sous-cutané du saumon qu'ils mettaient sur les tablettes pour rassurer les consommateurs." Ces chambardements sont survenus en dépit du fait que l'étude américaine présentait une lacune importante: elle comparait des spécimens sauvages de saumon du Pacifique à des spécimens de saumon atlantique provenant d'étangs d'élevage. "Le saumon atlantique et le saumon du Pacifique sont deux espèces bien différentes, insiste Michel Lucas. Ils ont comparé des pommes et des poires."

L'équipe d'Éric Dewailly a remis les pendules à l'heure en documentant la charge de polluants de 46 saumons atlantiques d'élevage et de 10 saumons atlantiques provenant de rivières québécoises. Leurs analyses montrent que les saumons d'élevage contiennent autant de dioxines et de furanes, plus de BPC, mais moins de mercure que leurs cousins sauvages. Cependant, dans tous les cas, les valeurs maximales observées se situent plusieurs fois sous la norme recommandée par les autorités médicales. Les mêmes analyses effectuées sur des truites arc-en-ciel provenant d'étangs d'élevage et de milieu naturel ont conduit aux mêmes conclusions. "Même en prenant sept repas de saumon ou de truite par semaine, on ne dépasse pas 40 % de la dose maximale permise", fait valoir Michel Lucas.

L'étude a aussi permis d'établir que les concentrations en oméga-3 sont comparables chez les saumons sauvages, les saumons d'élevage et les truites arc-en-ciel d'élevage, mais trois fois plus faibles chez les truites sauvages. Le professeur Dewailly et son équipe ont divulgué ces données lors du colloque "Oméga-3, santé cardiovasculaire et mentale: les experts se prononcent", organisé par la Chaire Lucie et André Chagnon pour l'avancement d'une approche intégrée en santé, qui se déroulait le 16 mars à Québec.