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17 mars 2005

   

Université Laval

Personnel en détresse

La réforme des soins de santé a eu des effets négatifs sur la santé psychologique des infirmières

par Jean Hamann

Les bouleversements qu'a connus le réseau de la santé au Québec ont eu des répercussions sur l'environnement de travail et sur la santé psychologique des infirmières, révèle une étude menée par une équipe de la Faculté de médecine. Renée Bourbonnais, Chantal Brisson, Romaine Malenfant et Michel Vézina arrivent à cette conclusion après avoir comparé différents facteurs liés à la santé psychologique au travail avant et après la réforme survenue au milieu des années 1990.
Les chercheurs ont confronté les résultats d'une enquête qu'ils avaient menée en 1994 auprès de 961 infirmières aux réponses fournies par 1437 infirmières interrogées à l'automne 1998, deux années après le début de la réforme. Leurs analyses, publiées dans un récent numéro de l'American Journal of Industrial Medicine, indiquent d'abord que la restructuration a conduit à une modification de la tâche de 54 % des répondantes. Ces changements touchaient des éléments importants comme le lieu de travail, la spécialité de pratique, la charge de travail et les responsabilités. Dans l'ensemble, 80 % des répondantes estimaient que leur charge de travail avait augmenté à la suite de la réforme, 35 % avaient moins de latitude décisionnelle et 67 % considéraient avoir moins de soutien social au travail.

La prévalence des répondantes qui estiment que leur travail leur impose des demandes psychologiques élevées (charge de travail excessive, exigences élevées, fortes contraintes de temps) - a connu une augmentation relative de 31 %, pour s'établir à 66 %. La prévalence des postes caractérisés par des demandes psychologiques élevées combinées à une latitude décisionnelle élevée a grimpé de 41 %; les postes présentant une combinaison de demandes psychologiques élevées et de latitude décisionnelle faible ont fait un bond de 24 %.
Ces conditions, qui n'annoncent rien de bon pour la santé psychologique au travail, n'avaient pas encore fait sentir leurs effets sur le taux de détresse psychologique chez les infirmières en 1998, nous apprend l'étude. Plusieurs éléments expliquent ce résultat, avance Renée Bourbonnais. L'enquête a été menée peu de temps après le début de la restructuration et elle s'adressait aux infirmières qui étaient au travail. "Nous allons publier sous peu un autre article qui montre que le taux d'absentéisme est en hausse depuis la réforme", ajoute-t-elle. Aux yeux de la chercheure, les facteurs de santé psychologique au travail se sont détériorés pour les infirmières depuis la réforme. "Les conditions défavorables qui risquent d'entraîner une hausse de la détresse psychologique sont toutes réunies", craint-elle.