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10 mars 2005

   

Université Laval

Un bleuet tatoué sur le coeur

Entrepreneuriat Laval aide la jeune firme Novableu à se trouver une talle sur le marché prometteur des nutraceutiques et des aliments fonctionnels

"On est tombés dans les bleuets tout petits, comme Obélix dans la marmite de potion magique", lance Pierre-Luc Simard. À l'image de nombre d'histoires du Lac Saint-Jean, la boutade d'un des fondateurs de l'entreprise Novableu, natif de Normandin comme ses deux autres associés, Jean-Pierre Trottier et Martin Villeneuve, possède un bon fonds de vérité. Les trois compères ont en effet passé une grande partie de leurs vacances estivales dans les bleuetières à cueillir la manne bleue. Leurs études universitaires terminées, ils n'ont eu qu'un désir: revenir à leurs premières amours, armés de leurs toutes nouvelles connaissances, afin de contribuer à la relance économique d'une région de plus en plus désertée par les jeunes. Ils ont en effet décidé de mettre sur pied une entreprise spécialisée dans le développement de technologies permettant la mise en valeur des principes actifs du bleuet sauvage.

L'aventure commence alors que le finissant en physique Pierre-Luc Simard et le finissant en sciences et technologie des aliments Jean-Pierre Trottier planchent sur leur maîtrise à l'Université Laval. Conscients que l'industrie du bleuet constitue une richesse incroyable et loin d'être totalement exploitée, les deux amis cherchent une idée de production sortant de l'ordinaire. "Chez nous, la population vieillit, rappelle Pierre-Luc Simard. C'est donc à nous d'essayer de trouver des solutions novatrices permettant d'utiliser les ressources renouvelables de façon plus efficace et responsable. L'avenir passe par le développement durable et les biotechnologies."

Durant plusieurs semaines, Pierre-Luc Simard et Jean-Pierre Trottier ont donc réfléchi aux nombreuses recettes de confitures, tartes et autres produits tirés du bleuet dans la production desquels ils pourraient se lancer, pour finalement réaliser que leurs connaissances scientifiques leur permettaient d'aller plus loin. Grâce aux travaux de maîtrise de Jean-Pierre Trottier portant sur la synthèse de molécules, les deux amis ont donc commencé à travailler sur la façon de mettre en valeur les qualités anti-oxydantes du bleuet, avec l'aide d'Yves Desjardins, professeur au Département de phytologie et directeur de la formation à l'Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels (INAF).

Prise de risque zéro
Dès le départ de leur projet, les deux associés ont compris la nécessité de développer la structure administrative de l'entreprise en parallèle avec le volet plus scientifique. Ils ont donc pris contact avec Entrepreneuriat Laval qui les a aidés à bâtir leur plan d'affaires. Ils ont ensuite remporté le premier prix local du Concours québécois en entrepreneurship, volet création d'entreprise agroalimentaire. "Au début, nous avions des grands rêves et des grandes idées, mais il fallait apprendre à se donner un plan d'attaque solide et à valider nos intuitions entrepreneuriales pour les réaliser", raconte Jean-Pierre Trottier. "Lorsque tu as 26 ans et que tu viens de sortir de l'université, sans nom connu ni compte en banque bien garni, tu as peu de crédibilité aux yeux des financiers qui ne veulent prendre aucun risque", renchérit Pierre-Luc Simard, qui déplore que les finissants universitaires n'ont accès à aucun programme pour les soutenir financièrement lors de l'élaboration de modèles et de plans d'affaires, contrairement aux chômeurs ou aux bénéficiaires d'aide sociale. En septembre dernier, les deux diplômés ont donc recruté un troisième larron, lui aussi originaire de Normandin, Martin Villeneuve, diplômé des HEC, et se sont lancés dans la recherche de financement.

Installé dans l'incubateur d'entreprises du Cégep Lévis-Lauzon, le trio travaille désormais à la croissance de deux entités distinctes: l'exploitation agricole Nutrableu, qui sera située à Normandin, et Novableu, qui se chargera du volet de développement de nutraceutiques et d'aliments fonctionnels. Les associés sont sur le point de conclure un accord financier d'un million de dollars avec divers partenaires afin d'acquérir la terre mais aussi plusieurs bâtiments dont une usine de transformation et un laboratoire. Ils prévoient en effet financer les recherches avec l'argent tiré de la vente des bleuets, et convaincre ensuite les investisseurs de l'intérêt de miser sur Novableu. De plus, les dirigeants de la bleuetière, épaulés par Joseph Arul, professeur au Département de sciences des aliments et de nutrition, vont mettre en place une nouvelle approche de récolte et de conditionnement pour limiter le dommage que subit le fruit. Grâce à l'utilisation de nouvelles technologies, Nutrableu sera en mesure d'améliorer la durée de vie et la qualité des bleuets sauvages afin de répondre aux exigences de plus en plus élevées des grossistes. Dans un second temps, Novableu se lancera dans le développement de nouveaux produits permettant d'accroître la valeur ajoutée du bleuet et de moderniser une industrie encore limitée à la première transformation.