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10 mars 2005

   

Université Laval

Le coeur gros

La détresse psychologique frappe durement les personnes qui retournent au travail après un infarctus

par Jean Hamann

Dans l'année qui suit leur retour au travail après un infarctus, la moitié des femmes et le tiers des hommes souffrent de détresse psychologique. Ces prévalences, qui sont deux fois plus élevées que chez les autres travailleurs, ont de quoi inquiéter puisque les stress psychologiques contribuent à l'apparition et à la récurrence de maladies cardiaques, souligne, dans un récent numéro de Psychosomatic Medicine, l'équipe de chercheurs de la Faculté de médecine qui a réalisé l'étude.

Chantal Brisson, Richard Leblanc, Renée Bourbonnais, Elizabeth Maunsell, Gilles Dagenais, Michel Vézina, Benoît Masse et Edeltraut Kröger, de l'Unité de recherche en santé des populations, ont mesuré, à l'aide d'un questionnaire standard, le niveau de détresse psychologique ressenti par 990 victimes d'infarctus dans l'année qui a suivi leur retour au travail. Ces personnes, recrutées dans 30 hôpitaux québécois, avaient profité d'une convalescence de trois à quatre mois avant de reprendre leur boulot. Les sujets de cette étude étaient donc, en théorie du moins, ceux qui se remettaient le mieux de leur accident cardiaque puisqu'ils étaient en mesure de reprendre leur travail rapidement, signalent les chercheurs.

Les données recueillies ont permis d'estimer que, dans le groupe post-infarctus, la prévalence de détresse psychologique est de 51 % chez les femmes et de 31 % chez les hommes, alors qu'elle se situe respectivement à 23 % et 18 % chez les femmes et les hommes d'un groupe témoin composé de 8 800 travailleurs. Par ailleurs, l'intensité de la détresse psychologique atteint un score de 30 chez les femmes du groupe post-infarctus contre 17 chez les travailleuses du groupe témoin. Même tendance chez les hommes où les travailleurs du groupe post-infarctus affichent un score de 20 contre 14 pour ceux du groupe témoin. Les chercheurs ignorent pour l'instant pourquoi les femmes semblent davantage éprouvées par la détresse psychologique lorsqu'elles retournent au travail après un infarctus.

Les chercheurs jugent ces données préoccupantes parce que les symptômes d'anxiété et de dépression sont des facteurs de risque de maladies cardiaques. Les personnes qui reprennent un emploi stressant après un infarctus seraient donc particulièrement vulnérables. Les autorités médicales canadiennes recommandent de procéder à une évaluation psychologique des victimes d'infarctus avant de leur accorder un congé de l'hôpital, mais elles ne jugent pas cet examen nécessaire avant leur retour au travail.