Au fil des événements
 

3 mars 2005

   

Université Laval

Toute une performance

Dans un fondu enchaîné à la façon de Robert Lepage, les étudiants en arts visuels ont véritablement crevé l'écran

Par Renée Larochelle

Connaissez-vous beaucoup de spectacles à Québec qui bénéficient de la présence d'un des hommes de théâtre les plus en demande à travers le monde actuellement ? C'est pourtant ce qui est arrivé, le 28 février, lors d'une surprenante performance présentée par un groupe d'étudiants de l'École des arts visuels inscrits à un atelier d'expérimentation théâtrale, auquel Robert Lepage - en ville pour son Projet Andersen - a discrètement assisté. Pour la petite histoire, soulignons que le metteur en scène du spectacle et artiste invité par l'École des arts visuels, Ludovic Fouquet, s'intéresse énormément au travail de Lepage, lui ayant même consacré sa thèse de doctorat. "Je me souviendrai toujours du choc que j'ai ressenti en voyant pour la première fois un spectacle de Robert Lepage, raconte Ludovic Fouquet, qui a enseigné, entres autres, le théâtre à l'Université d'Amiens, en France. C'était Les Sept Branches de la rivière Ota. J'avais été frappé par la simplicité et l'épuration de la mise en scène. Avec quelques objets, Lepage nous faisait découvrir un monde. Et quel monde! Cela a orienté tout mon travail."

Présentée au Laboratoire des nouvelles technologies de l'image, du son et de la scène (LANTISS) auquel est d'ailleurs associé le groupe Ex Machina, la performance qu'ont offerte 18 d'étudiants en arts visuels reflétait bien ce souffle créateur qu'a insufflé Robert Lepage au théâtre. Ombres et lumières crevant l'écran, traversées furtives des apparences, miroirs révélateurs de l'âme, identités qui se cherchent au cur d'un monde où les images ne sont pas aussitôt créées qu'elles se fondent en écho, dans le fracas d'un sens qui échappe tout en étant parfaitement clair. Le croirait-on? C'est à une véritable performance à laquelle a assisté le public, les étudiants enchaînant miraculeusement les scènes pour la première fois, dans un ballet parfaitement réglé, à travers la circulation dense des sons et la trace zébrée des images vidéos.

Le chaînon manquant
Pour Mireille Brousseau, étudiante en troisième année à l'École des arts visuels et qui s'était inscrite à ce tout nouveau cours d'expérimentation théâtrale portant sur la forme et sur l'image, l'expérience a constitué une révélation. Tant et si bien qu'elle a décidé de s'inscrire tout à la maîtrise en arts visuels, elle qui prévoyait arrêter ses études après le baccalauréat. "C'était le chaînon qui manquait à ma formation, dit Mireille Brousseau. Moi qui m'intéresse au corps et à l'empreinte, j'ai été servie. Dès le départ, le metteur en scène a accueilli nos propositions et nous a aidés à en explorer les différentes facettes. Le travail a été très physique, très près du corps. Pour tout dire, je n'avais jamais vu des étudiants arriver si enthousiastes à un cours!"

Responsable de la mise sur pied de ce cours d'expérimentation théâtrale et directrice du baccalauréat en arts plastiques à l'École des arts visuels, Nicole Malenfant estime que ce projet s'inscrit en droite ligne dans la volonté de l'Université de développer des complémentarités, en l'occurrence, le théâtre et les arts visuels. "L'Université a déjà le LANTISS, un endroit privilégié pour faire progresser les arts à Québec. Plusieurs jonctions entre différents programmes sont possibles et nous aimerions bien y travailler."