Au fil des événements
 

3 mars 2005

   

Université Laval

Le courrier

LETTRE AU VICE-RECTEUR ADJOINT AUX RESSOURCES HUMAINES

M. Claude Paradis
Vice-recteur adjoint
Vice-rectorat aux ressources humaines
Pavillon Bonenfant
Université Laval

Monsieur le vice-recteur adjoint,

Je crois de mon devoir de répondre publiquement à votre lettre du 14 février dernier puisqu'elle met en cause un principe que la plupart de mes collègues considèrent comme acquis. En effet, votre lettre confirme la persistance du vice-rectorat aux ressources humaines dans l'opération qui a consisté à prélever contre mon gré une somme de 21 911 $ dans mes octrois de recherche. Depuis près de quarante ans que j'enseigne dans cette université, c'est la première fois que des administrateurs se permettent un tel forfait. Dans le seul précédent dont je me souviens qui impliquait un de mes collègues pour une somme beaucoup moins importante, les autorités avaient fait marche arrière et restitué l'argent.

Votre lettre, qui exprime de bien beaux principes et de bien nobles sentiments, sert en fait à chercher à me culpabiliser pour me faire avaler le fait que vous préférez dépenser l'argent de mes comptes plutôt que celui des vôtres pour respecter vos engagements.

Comme je vous l'ai dit lors de notre rencontre du 3 février, les gens avec qui je travaille (souvent depuis fort longtemps) savent parfaitement que j'ai toujours fait les efforts possibles pour essayer d'améliorer leur situation financière. S'ils sont mal payés, c'est que le système (avec l'assentiment de l'Université) ne me donnait pas les moyens de les payer mieux. Les budgets de nos projets de recherche sont scrutés à la loupe avant d'être acceptés, et il est arrivé plusieurs fois qu'on me contraigne à diminuer des salaires que j'avais proposés. La solution que vous m'avez suggérée de mettre à pied un de mes associés de recherche est difficilement réalisable. En effet, chaque salaire que je suis autorisé à payer est pour une personne qui doit effectuer un travail précis pour lequel je dois rendre des comptes. Cette suggestion m'indique d'ailleurs que vous ne comprenez pas ou ne voulez pas comprendre les difficultés avec lesquelles nous nous débattons.

Je trouve que votre lettre est empreinte d'une grande mauvaise foi quand vous énoncez comme motif de ne pas m'aider que "des mesures de transition ont été intégrées à la convention (des professionnels de recherche) de façon à réduire l'impact des hausses de salaire". Il est clair que vous faites semblant de ne pas comprendre que la ponction de 21 911 $ annule les dispositions que nous avions prises avec le responsable administratif de mon département, justement pour appliquer ces mesures transitoires.

Comme je vous l'ai dit personnellement, nous avions signé en octobre 2003 une répartition des salaires qui tenait compte de ma capacité de payer. Le vice-rectorat n'a pas mis en application cette répartition de sorte que, neuf mois plus tard, le même vice-rectorat décidait que cette répartition ne pouvait pas être appliquée rétroactivement. Ce n'est donc pas la convention collective des associés de recherche qui me contraint à cette dépense inconsidérée mais bel et bien votre vice-rectorat qui me force à payer à cause de son refus d'agir à temps.

Je relève aussi votre couplet sur l'équité et la transparence. Je n'ai pas fait d'enquête, j'ai d'autres choses à faire. Je sais cependant de source sûre qu'un de mes collègues a obtenu remboursement de montants prélevés de la même façon. Cela me permet de douter de la bonne foi des autorités que vous représentez. Le problème, c'est le cynisme avec lequel les administrateurs de cette université soupèsent les retours de manivelle possibles avant de prendre une décision. Je doute qu'une mesure aussi traumatisante soit jamais prise contre un étudiant de premier cycle. Leur nombre est trop élevé et la levée de boucliers serait trop générale. Pour un professeur, et en particulier un professeur qui réussit en recherche au point qu'on puisse faire croire qu'une ponction de près de 22 000 $ ne l'affecterait pas trop, il est clair qu'il n'y aura aucune réaction de la communauté et donc aucune levée de boucliers. L'éthique et la morale se ramènent à ce calcul et c'est bien lamentable.

L'autre aspect qui me dérange, c'est que votre prélèvement va me contraindre à mettre à pied pour une période d'environ six mois un de mes associés de recherche. Quelqu'un au vice-rectorat va-t-il prendre l'odieux d'expliquer à cette personne que le salaire qui lui avait été promis vient de disparaître de mes budgets? Permettez-moi d'en douter. Ce travail sale m'est évidemment réservé dans vos prévisions. En revanche, vous vous permettez de me sermonner (je cite): "Confiant que vous comprendrez les aspirations de vos professionnels de recherche"

Merci beaucoup pour le conseil, mais je doute que la personne mise à pied voit la question du même oeil.

SERGE KALIAGUINE
Professeur au Département de génie chimique