Au fil des événements
 

3 mars 2005

   

Université Laval

L'école des objets

L'inventivité des étudiants en architecture mise en valeur - et aux enchères - au Musée de la civilisation

par Pascale Guéricolas

Cela ressemble à un inventaire à la Prévert. Une chaise berçante géante côtoie une immense lampe sur pied en contreplaqué et une bibliothèque en forme d'hélice dans l'angle d'une horloge internationale et d'un immense casier à bouteilles vides ondulé. Sans oublier cette chaise "siège social" faite de rouleaux de journaux ou ce portemanteau fabriqué à l'aide de vieilles poignées de porte.

Fabriquées par 74 étudiants de l'École d'architecture de tous les niveaux, ces curiosités, et bien d'autres encore plus loufoques, n'attendent plus que l'acheteur qui voudra bien miser sur eux lors de la vente aux enchères qui aura lieu le 11 mars, à 19 h, au Musée de la civilisation. "Je n'en reviens pas que tant d'étudiants aient participé, s'enthousiasme Érick Rivard, chargé de projet. Nous leur avons demandé de fabriquer un objet fonctionnel, original et beau pour mettre en valeur leur créativité et leur capacité d'innovation. En effet, l'architecture reste un domaine encore méconnu au Québec. Beaucoup de gens pensent que l'architecte se contente de faire des plans."

Cela fait une douzaine d'années que les étudiants de l'École d'architecture créent un objet à vendre aux enchères lors d'un événement annuel dont les profits servent ensuite à la présentation des projets de fin de maîtrise. Cette édition prend toutefois un éclat particulier à l'occasion du quarantième anniversaire de l'École: pour la première fois, les oeuvres seront exposées au Musée de la civilisation. Le comité organisateur a convaincu l'institution de lui prêter la passerelle unissant les deux ailes du bâtiment pour présenter pendant une semaine la cinquantaine d'objets produits. Les milliers de visiteurs du Musée auront ainsi tout le loisir d'admirer les créations souvent très inventives des étudiants avant, peut-être, de tenter de les acheter. "Un objet usuel comme une lampe est plus facile à apprécier que des plans d'architecte accrochés au mur, reconnaît Amélie Garneau, une finissante à la maîtrise qui a participé à l'organisation de l'événement. Je pense donc que cela permet de mieux nous faire connaître."

À vos outils!
Les étudiants ont travaillé d'arrache-pied pendant un mois pour parvenir à fabriquer un objet solide et original. Ils ont pris d'assaut l'atelier où se fabriquent généralement les maquettes, certains s'échangeant des trucs sur la manière de fondre le plexiglas pour le plier, pour couler le béton ou encore pour arrimer des centaines de bouts de bois à du fil de fer afin de parvenir à créer une robe. Les parents ont également parfois donné un coup de main à leur progéniture: tel père électricien a réalisé un montage électrique complexe permettant d'allumer une ampoule alors que tel autre a soudé de minuscules composantes électroniques en vue de fabriquer une lampe. Pour leur part, Émilie Garneau et Érick Rivard ont eu le coup de foudre pour des tuyaux qui se trouvaient dans le rayon plomberie d'une quincaillerie. "On a commencé à visser des retailles en étain pour s'apercevoir que, finalement, le morceau créé pouvait faire un beau chandelier", raconte le finissant à la maîtrise.

Cette installation et la vente aux enchères a permis au comité organisateur composé de quatre étudiants de resserrer les liens avec le milieu du travail. Le président d'honneur de l'événement, l'architecte Marc Letellier, leur a donné plusieurs conseils sur la façon de solliciter des bureaux d'architectes. Des informations qui se révèlent précieuses quand on sait que plusieurs finissants doivent souvent approcher les futurs employeurs pour les convaincre de les recruter. De même, la mise en place du jury qui décernera un prix de 1 000 a permis d'aller chercher des architectes comme Pierre Thibault et Jacques White, ou encore Michel Dallaire, un designer industriel à qui l'on doit le mobilier urbain depuis la rénovation de l'autoroute Dufferin-Montmorency, ainsi qu'Edwin Akué, un concepteur-ébéniste. L'exposition des objets mis aux enchères se déroulera du 8 au 13 mars. Le Musée de la civilisation est situé au 85 rue Dalhousie et est ouvert au public du mardi au dimanche, de 10 h à 17 h.