Au fil des événements
 

10 février 2005

   

Université Laval

Le courrier

L'Université ouverte sur le monde, encore un petit effort!

L'université Laval se targue d'être ouverte sur le monde. Pas un numéro du journal Au fil des événements ne manque de le souligner. En novembre dernier, le recteur nous envoyait un message arguant qu'en matière internationale "l'Université Laval, comme vous le savez, performe très bien". L'Université cherche à faire en sorte que 20 % des étudiants soient inscrits dans les profils internationaux de leur faculté. Bien d'autres ont déjà bénéficier de quelques subsides pour réaliser des travaux à l'étranger, dans les pays du Sud notamment. Je suis l'un d'entre eux. Le Bureau international a financé une partie des frais que j'ai engagés pour collecter des données au Burkina Faso lors de ma maîtrise et de mon doctorat en santé communautaire. Merci. Cela étant dit, voilà plus de dix ans que je travaille dans le domaine de la coopération internationale et j'ai me suis toujours fait un point d'honneur à travailler comme un collaborateur avec mes collègues du Sud et non comme une personne qui va enseigner quoi que ce soit.

Aujourd'hui, je souhaite attirer l'attention sur la difficulté structurelle de l'Université à s'ouvrir sur le Sud et non vers le Sud. Pour illustrer cela, je ne prendrai qu'un exemple parmi tant d'autres. Il m'est impossible d'obtenir l'appui d'un universitaire du Burkina dans mon comité de thèse. Et pourtant, son regard critique externe me permettra non seulement de valider mon interprétation des données, mais aussi de garantir la pertinence de mes propositions concrètes pour renforcer un accès équitable aux soins dans ce pays, puisque tel est mon sujet de recherche. La coopération internationale ne doit pas être dirigée vers une seule direction, du Nord vers le Sud; le Sud a aussi plein de belles choses à nous apprendre. Je manque de place pour donner des exemples d'innovations venues du Sud et utilisées par le Nord pour sauver des vies (par exemple les sels de réhydratation orale). Ma recherche est personnelle et n'est pas un sous-projet d'un programme de recherche de mes superviseurs. Or, personne ne souhaite financer la collaboration de cet universitaire à ma thèse. Le Bureau international me répond que cela n'est pas possible. La Faculté des études supérieures daigne fournir au plus un tiers du budget nécessaire (1000 $). Les doyens de la Faculté des sciences infirmières et de médecine ne répondent pas à mes demandes malgré l'appui de mon directeur de programme. L'Agence universitaire de la Francophonie fait de même. Si ce n'est de la bonne volonté et de la générosité des membres de mon comité de thèse, ouverts sur le monde sans le clamer, il est fort à parier que je ne pourrai jamais être en mesure de financer cet apport essentiel que représente le regard critique d'un universitaire du Sud sur une recherche d'un doctorant du Nord. À moins que cet article ne fasse découvrir la fonction "répondre" d'Eudora à mes interlocuteurs ouverts sur le monde?

VALÉRY RIDDE
Étudiant au doctorat en santé communautaire
Valery.Ridde.1@ulaval.ca

Une égalité à partager

Lors du deuxième forum québécois sur la condition masculine tenu à Québec les 26 et 27 novembre 2004, où étaient présents Guy Corneau, Françoise David, Gilles Rondeau et Serge Bouchard, plusieurs pistes de réflexions ont émergées quant aux relations entre les hommes et les femmes et leur rapport à l'égalité. AutonHommie, qui offre notamment différents services aux hommes en difficulté depuis plus de vingt ans, souhaite partager quelques-unes de ces réflexions. Il importe de reconnaître et de légitimer la différence entre les hommes et les femmes. Comme il fut mentionné durant le forum, nombre d'inégalités persistent entre ceux-ci, trop souvent au détriment de ces dernières, et ce, tant au Québec qu'ailleurs dans le monde. Que l'on parle ici d'inégalité salariale, de violence physique et sexuelle, de sous-représentation dans les instances de pouvoir et d'autres encore, les femmes sont largement pénalisées. Malgré les grandes avancées réalisées par les femmes dans les trente dernières années, des écarts inadmissibles persistent. Reconnaissons-le. Par ailleurs, certains ont souligné les difficultés vécues par les hommes, notamment en matière de santé physique, de santé mentale et de comportement. Les taux de suicide alarmants et la prévalence inquiétante de troubles du comportement chez nos jeunes garçons en témoignent, ajoutons à cela les réticences que plusieurs entretiennent face aux services d'aide et nous avons un portrait inquiétant des conditions de vie de nombre d'hommes. Reconnaissons-le.

Bien sûr, ces esquisses ne sont pas le reflet de tous les hommes et de toutes les femmes. Il importe de reconnaître les différences et les inégalités entre eux mais aussi celles qui persistent entre les hommes eux-mêmes et entre les femmes elles-mêmes. Tous les hommes ne sont pas identiques et ne jouissent pas des mêmes privilèges d'une société patriarcale. Cependant, la majorité d'entre eux sont aux prises avec un carcan peuplé des injonctions traditionnellement masculines et des valeurs qui les sous-tendent comme la compétition, la réussite, la force Injonctions qui contribuent largement à la reproduction de cette relation inégale entre les hommes et les femmes et entre les hommes eux-mêmes. Reconnaissons-le. Il est donc primordial de reconnaître la différence et les besoins spécifiques des hommes et des femmes en matière d'orientations politiques et d'interventions sociales.

Nous considérons qu'il est nécessaire de reconnaître la différence afin de demeurer sensible aux réalités des hommes et des femmes. Nous sommes toutefois d'avis qu'au-delà de la différence, il est indispensable de reconnaître les similitudes, car hommes et femmes sont en soi bien plus semblables que différents. Tous et toutes ont vécu les dernières années de mouvance sociale ensemble, parfois avec un sentiment de perte de repères, notamment dans la délimitation des rôles traditionnellement masculins et féminins, comme ce fut le cas de beaucoup d'hommes. Plus souvent avec le sentiment de gains, ce fut aussi le cas de nombre d'hommes. Nous croyons que ces gains ne sont pas négligeables et recèlent un potentiel de croissance extraordinaire, comme le droit pour bien des hommes et des femmes de se reconnaître par delà la barrière des sexes et des pressions de conformité qu'ils impliquent, de s'y émanciper, enfin! Une légitimité émerge maintenant et permet davantage l'autonomie des femmes sur tous les plans alors que les hommes redécouvrent une sensibilité longtemps occultée.

Nous sommes pour le partage d'une égalité de sens commun transcendant des limites de genre devenues caduques. Or, cette égalité implique la reconnaissance mutuelle des hommes et des femmes dans leurs différences et leurs similitudes et cette reconnaissance passe nécessairement par le dialogue entre les hommes et les femmes, mais aussi entre leurs représentants. Ici, la présence et le partage d'une vision de l'égalité entre cette femme et ces trois hommes lors de ce forum est en soi gage d'espoir. Ce dialogue est désormais de l'ordre du possible, un premier jalon est établi, une autre pierre est posée

SACHA GENEST DUFAULT
Étudiant au doctorat à l'École de service social
et intervenant social à l'organisme AutonHommie,
Centre de ressources pour hommes