Au fil des événements
 

10 février 2005

   

Université Laval

Une renaissance nécessaire

La dignité humaine fera-t-elle échec à la misère en Afrique noire?

par Renée Larochelle

L'Afrique noire a faim. L'Afrique noire a soif. L'Afrique noire s'enfonce toujours plus chaque jour. Pour la sortir du gouffre de l'histoire, il n'existe qu'une seule solution: redonner sa dignité humaine à chaque Africain en lui assurant le minimum vital dont il a besoin pour vivre. Et comme le modèle de développement fondé sur l'aide extérieure a été impuissant à sortir l'Afrique noire de la misère, c'est de l'intérieur qu'il faut travailler à remettre cette partie du continent sur pied.
C'est le message qu'a livré Yao Assogba, lors d'une conférence organisée par le Groupe d'étude et de recherche sur les sociétés africaines (GERSA), le 5 février, au pavillon Alphonse-Desjardins. Titulaire d'un doctorat en sociologie de l'éducation de l'Université Laval et professeur à l'Université du Québec en Outaouais, ce professeur estime que le bourbier dans lequel s'enlise l'Afrique noire résulte ni plus ni moins d'un manque d'éthique flagrant de la part des dirigeants africains. "Quand on possède un sens éthique, on ne laisse pas les citoyens manquer du minimum vital, a insisté Yao Assogba. Pour qu'un être humain s'épanouisse, il doit d'abord se sentir digne, et la dignité passe par le respect de l'autre. Vous savez, ce n'est pas le Fonds monétaire international qui affame les gens en Afrique. Les dirigeants africains doivent s'affranchir du cynisme pour mettre l'Afrique sur la voie du développement authentique."

Les porteurs de projets
Car il existe une autre Afrique, celle dont les chaînes de télévision ne parlent jamais. Une Afrique joyeuse et indépendante, composée d'ingénieurs, de professeurs, de chercheurs, d'artistes, de sportifs et d'entrepreneurs. Ce sont ces gens qui s'ingénient à améliorer les conditions de vie en Afrique et qui tentent de propager leur enthousiasme et leur créativité à une population peinant à se relever sous les innombrables coups du sort. C'est à ces porteurs de projets que les Africains doivent faire une place et accorder leur attention, selon Yao Assogba. "L'expérience de la renaissance de l'Afrique passe par un changement dans les mentalités et dans les pratiques, affirme le sociologue. Afin de favoriser l'épanouissement de la société africaine et lui permettre de prendre sa place dans le monde, il faut renouer avec l'éthique de la liberté. Pour atteindre ce but, je le répète: l'État doit garantir à chaque citoyen sa dignité en lui assurant un minimum vital de développement."

Mais dans une Afrique noire saignée à blanc par le sida, il y a urgence de réagir et vite. Lors de la période de questions suivant la conférence, les étudiants africains ont été nombreux à émettre des doutes sur la réalisation à brève échéance de la solution proposée par le conférencier. Que faire de la contrainte politique vécue dans plusieurs pays et qui mine les terrains non encore corrompus? Quelle est la marge de manuvre pour ceux qui veulent en aider d'autres à s'en sortir? En somme, quelles sont les actions concrètes à prendre pour que l'Afrique noire ne soit pas enterrée vivante?