Au fil des événements
 

3 février 2005

   

Université Laval

Lever de rideau

Avec la pièce Les monologues du vagin, la sexualité féminine se retrouve enfin sous les projecteurs

par Pascale Guéricolas

Il y a quelques jours, une grande partie des affiches annonçant les prochaines représentations des Monologues du vagin sur les babillards du campus ont été enlevées ou déchirées. Cet incident a eu au moins le mérite de prouver hors de tout doute à l'équipe de production l'absolue nécessité d'un tel spectacle, au nom de la tolérance. Écrite par Eve Emsler, une jeune comédienne new-yorkaise qui s'est inspirée des témoignages de 200 femmes de tous âges et de toutes conditions, cette pièce lève le voile sur la sexualité féminine en osant utiliser à maintes reprises un mot encore tabou: le vagin.

"Encore cette semaine, une de mes collègues de travail dans la cinquantaine m'a expliqué qu'elle allait acheter un billet pour la pièce même si le titre l'"écoeurait"", raconte Sophie Boissonneault, une des comédiennes, chargée d'intégration à l'École de langues. "C'est vrai qu'entre copines, on s'exprime sur notre vécu par rapport à la sexualité, constate Barbara Langis, une autre actrice, coordonnatrice d'opérations au Service de placement. Mais je ne suis pas sûre que de tels sujets soient abordés par des femmes de l'âge de nos mères. Assister à une telle pièce permet souvent de défaire des nuds, de lever des interdits et de rapprocher les générations."

Bien des spectateurs appréhendent cependant d'assister à un spectacle voyeur ou racoleur. Rien de plus faux, soutient Maud Deschênes-Pradet, étudiante en enseignement au secondaire. "Le texte des Monologues du vagin est tout en douceur, en délicatesse, parce que plusieurs des femmes qui racontent leur expérience ne voulaient pas prendre la parole et se dévoilent peu à peu. Finalement, la pièce parle de la vie." Les personnages féminins s'entretiennent donc sur scène du rapport à leur corps, de leurs menstruations, de leur plaisir, mais aussi des mutilations génitales et du viol.

"J'ai choisi cinq comédiennes pour le monologue portant sur le viol de guerre pour bien montrer au spectateur que cela peut arriver à des femmes très différentes", explique la metteure en scène Valéry Belzil. C'est la deuxième année que cette diplômée en ethnologie monte ce spectacle, forte du succès incroyable remporté lors de l'édition précédente. La pièce, pour rappeler encore plus la féminité, se déroule cette année dans des toilettes pour femmes, et l'accent est mis davantage sur le jeu des comédiennes que sur les effets visuels et la musique. Des actrices professionnelles invitées, Ann-Sophie Archer et Érika Gagnon, feront d'ailleurs une apparition les vendredi et samedi soir.

Selon l'équipe de production, Les monologues du vagin contribuent à faire tomber les préjugés à l'égard des femmes et de la sexualité, mais peuvent aussi aider matériellement des personnes aux prises avec la violence conjugale. Le spectacle, auquel a collaboré le Groupe gai de l'Université Laval (GGUL) et qui se tient dans le cadre de la Semaine de la diversité sexuelle, va en effet permettre d'aider deux organismes: la Jonction pour elle de Lévis, un centre d'hébergement pour femmes victimes de violence, et le Groupe d'aide aux personnes impulsives (GAPI) qui vient en aide aux hommes désireux de venir à bout de leur problème de violence.

La pièce Les Monologues du vagin sera présentée les 10, 11 et 12 février à 20 h au Théâtre de la cité universitaire (pavillon Palasis-Prince). Les billets sont en vente à l'Animation socioculturelle, au local 2344 du pavillon Alphonse-Desjardins (656-2765), au coût de 10 $ et sur place, le soir des représentations, au coût de 12 $.